La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a vu rouge en perdant 33,6 milliards pendant les six premiers mois de l’année, où le rendement a été de -7,9 %. Si le bas de laine des Québécois estime avoir récupéré la moitié des pertes grâce à l’embellie boursière estivale, rien ne garantit que cette tendance se poursuivra.

Mis à jour le 17 août
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Craintes inflationnistes, tensions géopolitiques et craintes de récession ; les voyants jaunes demeurent nombreux après ce qui a été qualifié par l’institution de « pire semestre des 50 dernières années pour les marchés boursiers et obligataires ».

« On anticipe que le reste de l’année va être extrêmement difficile », a reconnu Charles Émond, le gestionnaire de régimes de retraite et d’assurance publics et parapublics, mercredi, en rencontre de presse pour commenter les résultats, où il a tenté à maintes reprises de tempérer l’ampleur du recul.

Il faut remonter à 2020, lorsque la pandémie de COVID-19 a paralysé l’économie mondiale, pour voir la Caisse afficher un rendement semestriel négatif. À -2,3 %, le recul avait toutefois été moins prononcé.

Mince consolation : la performance de la CDPQ est supérieure à son indice de référence, établi à -10,5 %. De plus, les résultats au 30 juin ne tiennent pas compte de la reprise qui s’est observée sur les marchés boursiers depuis plus d’un mois.

« Oui (il y a eu une baisse) d’une trentaine de milliards, mais si on prenait la photo aujourd’hui (sur notre performance) le portrait serait différent. Nous aurions 15 milliards de plus dans nos actifs. Il faut faire attention, cela ne veut pas dire que ça va continuer (les marchés) à monter. »

Les reculs ont été enregistrés dans toutes les classes d’actifs pendant les six premiers mois de 2022 à l’exception des infrastructures ainsi que de l’immobilier. Cette dernière catégorie a néanmoins livré une performance en deçà de son indice de référence.

De son côté, l’actif net de la Caisse, qui était de 420 milliards à la fin décembre, a fondu à 392 milliards six mois plus tard. L’institution a reçu 5,4 milliards en dépôts nets, ce qui atténue le déclin. Selon l’univers des régimes de retraite de RBC Services aux investisseurs et de trésorerie, le rendement moyen des caisses de retraite canadiennes a été de -14,7 % au premier semestre.

L’accent sur la prudence

Dans un contexte où les investisseurs ont été témoins d’une première correction simultanée des marchés boursiers et obligataires depuis 1969, de la plus forte poussée inflationniste des 40 dernières années – ce qui a contraint les banques centrales à hausser les taux d’intérêt – et d’un contexte géopolitique tendu, notamment en raison de la guerre en Ukraine, la CDPQ devra se résoudre à opter pour une approche défensive.

« Des fois, on m’a cité en disant que nous voulions davantage nous orienter dans le style de la croissance, a expliqué M. Émond. Il faut comprendre qu’on en fait beaucoup moins que ce qu’on retrouve dans les marchés. Je veux rassurer les gens. Nous sommes là pour protéger le capital de nos déposants et qu’on ne s’en va pas dans des niveaux de risques différents. »

En comparaison

La CDPQ a également connu un premier semestre plus difficile par rapport à d’autres gestionnaires d’actifs de régimes de retraite. En Ontario, le régime de retraite des enseignantes et des enseignants (Teachers) – dont l’actif net est de 242,5 milliards – a obtenu un rendement net de 1,2 % au terme des six premiers mois de l’année.

Pour sa part, l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada (OIRPC), avec un actif net de 523 milliards, a perdu 4,2 % entre avril et juin, après un recul de 2,9 % après la période allant de janvier à mars.

« Je fais toujours attention de commenter la performance de mes pairs, a répondu M. Émond. Lorsqu’interrogé sur Teachers. Ils visent beaucoup à contrôler l’inflation. La notion d’inflation est intégrée. On n’a pas toujours le même mandat. »

Les frais de gestion semblent par ailleurs sur une pente descendante après la forte hausse enregistrée l’an dernier. Au 30 juin, les coûts annualisés étaient de 52 cents pour chaque tranche de 100 $ d’actif, comparativement au ratio de 57 cents l’année dernière. En 2020, le ratio était de 49 cents.

En savoir plus

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    Nombre de déposants à la CDPQ. On y retrouve notamment le Régime des rentes du Québec et celui des employés du gouvernement (RREGOP).
    SOURCE : caisse de dépôt et placement