(Calgary) Il y a un dicton célèbre selon lequel « le remède aux prix élevés, c’est les prix élevés », mais quand il s’agit d’essence, ce n’est pas nécessairement le cas.

Publié le 18 juin
Amanda Stephenson La Presse Canadienne

Les experts n’arrivent pas à déterminer quand – ou même si – les conducteurs pourront voir une « destruction de la demande » importante à la pompe. La destruction de la demande consiste en une baisse soutenue de la demande d’un produit en raison de prix excessivement élevés.

En théorie, atteindre un prix insoutenable servirait de point de basculement et ferait finalement baisser les prix du carburant, offrant un certain soulagement aux conducteurs. Mais les analystes disent que nous n’en sommes pas encore là, même si les prix de l’essence oscillent autour de sommets historiques.

« Les prix de l’essence au Canada sont à des records ajustés en fonction de l’inflation », a indiqué Patrick De Haan, responsable de l’analyse du pétrole pour le service de suivi des prix du carburant GasBuddy.com. « Mais je continue d’être étonné du niveau élevé de la demande que nous constatons. »

Les prix de l’essence augmentent depuis février, quand l’invasion de l’Ukraine par la Russie a envoyé des ondes de choc sur les marchés internationaux de l’énergie.

Bien que le Canada ne dispose pas de bonnes statistiques sur la consommation de carburant des consommateurs, M. De Haan a déclaré que les achats d’essence au pays étaient probablement comparables à ceux des États-Unis, où les données fédérales montrent que la demande d’essence n’a reculé que d’environ 5 à 10 % depuis que les prix ont commencé à grimper plus tôt cette année.

« Je me serais attendu à voir plus de destruction de la demande [au Canada] à la barre des 2 $ le litre », a fait savoir M. De Haan.

Mais je pense que de nombreux Canadiens, comme les Américains, veulent sortir. Je pense aussi qu’il y a plus d’entreprises canadiennes qui retournent dans un bureau physique, et cela pourrait être une raison pour laquelle nous ne voyons pas les choses tomber plus fortement.

Patrick De Haan, responsable de l’analyse du pétrole pour le service de suivi des prix du carburant GasBuddy.com

M. De Haan a ajouté qu’il pensait qu’il faudrait que les prix grimpent jusqu’à 2,25 $ ou 2,50 $ le litre pour le carburant sans plomb – ce qui est peu probable, mais pourrait se produire si une catastrophe naturelle ou un évènement météorologique détruisait une grande raffinerie nord-américaine au cours de l’été – pour déclencher des niveaux de destruction de la demande « exponentiels ». Le carburant diesel a récemment culminé à environ 2,50 $ le litre.

Ian Jack, vice-président aux affaires publiques de l’Association canadienne des automobilistes, a déclaré que toute destruction de la demande qui se produit à ce stade est probablement mineure. Il a souligné que pour de nombreux Canadiens, en particulier dans les petites villes et les régions rurales, la voiture est le seul moyen de se rendre au travail.

« Les gens qui conduisent, dans l’ensemble, ne peuvent pas simplement arrêter de conduire », a-t-il souligné.

Destruction inévitable

Vijay Muralidharan, directeur général de R CUBE Economic Consulting à Calgary, est toutefois moins convaincu que les prix élevés actuels pourront être soutenus longtemps par les consommateurs. En fait, il pense qu’une destruction importante de la demande est déjà en cours.

Selon mon analyse, lorsque le prix moyen dépasse 1,80 $ et y reste pendant un certain temps, il y a destruction de la demande. Donc, cela se produit déjà au Canada.

Vijay Muralidharan, directeur général de R CUBE Economic Consulting

La raison pour laquelle les prix à la pompe dans ce pays ne reflètent pas encore une réduction de la demande est que la demande des conducteurs américains est toujours aussi élevée, a déclaré M. Muralidharan. Étant donné que les raffineurs de carburant nord-américains ont la possibilité de vendre sur les marchés canadien ou américain, tant que la demande demeurera élevée au sud de la frontière, les prix du carburant dans ce pays resteront élevés.

En fait, la performance de l’économie américaine est le « plus grand baromètre » auquel il faut prêter attention lorsque l’on guette les premiers signes de destruction de la demande du prix de l’essence, a indiqué M. Muralidharan.

Jusqu’à présent, a-t-il dit, les revenus disponibles réels aux États-Unis sont restés élevés, mais l’inflation et les récentes hausses des taux d’intérêt font qu’il est probable que le pouvoir d’achat des consommateurs dans ce pays soit sur le point de plonger. « Ma prédiction est que d’ici fin juillet, début août, nous verrons une sorte de répit sur les prix [de l’essence]. »