(Québec) En contexte de pénurie de main-d’œuvre, le manque de disponibilité et d’accessibilité des programmes de francisation du gouvernement du Québec nuit aux anglophones qui souhaitent améliorer leur français pour entrer sur le marché du travail, y rester ou faire progresser leur carrière.

Publié le 13 avril
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Selon la Table ronde provinciale sur l’emploi (PERT, du nom anglais Provincial Employment Rountable), cette problématique « ne fait qu’empirer la pénurie de main-d’œuvre » au Québec, notamment dans des régions où le taux de chômage est plus élevé dans les communautés anglophones.

L’organisme, financé par le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise, a publié cette semaine une étude faisant l’inventaire de la disponibilité des programmes de francisation de la main-d’œuvre. En entrevue avec La Presse, son directeur général, Nicholas Salter, a déploré que les cours de francisation offerts par Québec soient bien souvent mal annoncés, ou tout simplement inaccessibles pour les candidats qui ne sont pas issus de l’immigration.

« Les Québécois d’expression anglaise, malgré un bilinguisme qui augmente année après année, ont des défis au chapitre du français. On a mené un sondage où 67 % des répondants ont indiqué que leurs compétences en français étaient le principal obstacle à l’emploi », a-t-il dit.

Les programmes actuels, a ajouté M. Salter, « ne répondent pas aux besoins des Québécois d’expression anglaise qui souhaitent entrer, rester ou progresser sur le marché du travail. […] Le système doit être bonifié pour donner l’occasion aux gens d’apprendre le français hors de l’école ».

Disparités régionales

Dans son rapport, PERT déplore également que « peu de programmes soient offerts dans des régions à haut taux de chômage auprès des communautés d’expression anglaise », notamment sur la Côte-Nord, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, mais aussi dans le Nord-du-Québec.

« Au niveau provincial, les Québécois d’expression anglaise connaissent un taux de chômage de 8,9 %, soit 2 % de plus que le taux de chômage des Québécois francophones (6,9 %). En moyenne, les Québécois d’expression anglaise gagnent 2795 $ de moins que les francophones », rappelle aussi l’organisme.

« Au Québec, si on veut apprendre le français, ça devrait être facile. On demande plus de programmes et un meilleur système pour les rendre plus accessibles et mieux connus », a réclamé Nicholas Salter.

Francisation Québec

Le gouvernement Legault est bien au fait des limites actuelles des cours de francisation. Dans sa volumineuse réforme de la loi 101, le projet de loi 96, Québec propose de créer Francisation Québec. Cette nouvelle branche de l’État aurait pour mandat d’« offrir des services d’apprentissage du français, entre autres au sein des entreprises, pour les personnes qui ne sont pas en mesure d’utiliser » le français. Ces services seraient notamment accessibles aux Québécois d’expression anglaise.

PERT déplore toutefois que l’étude du projet de loi, qui n’est toujours pas terminée en commission parlementaire, se concentre davantage sur des mesures « coercitives et punitives » pour les citoyens qui ne maîtrisent pas le français, plutôt que sur la stratégie du gouvernement pour créer et déployer Francisation Québec.

« On veut faire partie de la solution, mais on manque d’information pour savoir si Francisation Québec va répondre à nos besoins », a déploré M. Salter, qui presse le gouvernement d’inclure les organismes communautaires anglophones pour mieux organiser et promouvoir les programmes de francisation.

À l’heure actuelle, selon PERT, « les Québécois d’expression anglaise ont un taux de chômage significativement plus élevé que les francophones dans la région de la Capitale-Nationale (7,9 %), en Abitibi-Témiscamingue (12,6 %), dans le Nord-du-Québec (16,6 %), en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (22,1 %) et sur la Côte-Nord (25,5 %) ».