(Ottawa) Ottawa a bon espoir que les États-Unis lèveront bientôt l’interdiction en vigueur depuis plus de deux mois qui touche l’important marché des pommes de terre de table provenant de l’Île-du-Prince-Édouard en raison d’une maladie qui pose un risque pour la contamination des sols.

Mis à jour le 27 janvier
Michel Saba La Presse Canadienne

L’agence américaine responsable de l’inspection des aliments, l’Animal and Plant Health Inspection Service (APHIS), réalisera une analyse spécifique au risque associé aux pommes de terre de table, a annoncé la ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Mme Bibeau a expliqué au terme d’une rencontre jeudi à Washington à laquelle prenaient part le secrétaire pour l’Agriculture des États-Unis et le chef de l’agence responsable de la sécurité des plantes, que le secrétaire Tom Vilsack « a compris l’enjeu, l’urgence » et a « clairement demandé » à l’équipe de l’APHIS de « traiter en priorité le dossier » des pommes de terre de table de l’Île-du-Prince-Édouard.

Il aurait promis qu’une analyse des pommes de terre à destination de Porto Rico — qui représente le quart des exportations de l’île vers les États-Unis — sera complétée « d’ici une semaine ou deux », a dit la ministre, et que l’analyse qui concerne le reste des États-Unis sera également traitée en priorité, mais pourrait prendre quelques semaines de plus.

Jusqu’à présent, l’agence américaine traitait l’ensemble du dossier de la gale verruqueuse sur l’Île-du-Prince-Édouard, soit à la fois les pommes de terre de semence, les pommes de terre de transformation et les pommes de terre de table, malgré que les niveaux de risques étaient différents.

La directive du secrétaire américain que soit menée une analyse spécifique du risque associé aux pommes de terre de table « donne un très bon espoir » que le marché américain soit rouvert très bientôt, a dit la ministre.

« Évidemment, il faut laisser l’agence américaine faire son analyse, mais quand je vois à quel point les scientifiques canadiens sont confiants dans les mesures de mitigation qu’on a mises en place, ça me donne lieu de croire et d’espérer que les scientifiques américains vont aussi convenir que les risques sont tellement infimes », a-t-elle expliqué.

Les pommes de terre de table vendues au pays et qu’Ottawa souhaite pouvoir exporter à nouveau présentent « un risque très négligeable » puisqu’elles proviennent de terres qui ne sont pas connues comme ayant été contaminées, sont lavées, brossées et traitées avec un inhibiteur de germination.

L’ensemble de l’analyse de 30 000 échantillons de sol devra être faite pour rétablir le marché de la pomme de terre de semence, soit celle qui est destinée à être plantée pour faire la production de pommes de terre. Celle-ci ne peut pas sortir de l’île. Elle est interdite ailleurs au Canada.

Le 22 novembre dernier, les États-Unis avaient ordonné à leurs services frontaliers de ne pas laisser entrer les pommes de terre de l’Île-du-Prince-Édouard jusqu’à nouvel ordre, après la découverte de la gale verruqueuse de la pomme de terre dans deux champs de la province. Par conséquent, l’Agence canadienne d’inspection des aliments ne peut les certifier tant qu’elles ne répondent pas aux exigences.

Un mois plus tard, le gouvernement du Canada a accordé un soutien de 28 millions pour aider les agriculteurs de l’Île-du-Prince-Édouard à faire face à l’excédent croissant de pommes de terre lié à l’interdiction d’exportation.

La ministre a expliqué jeudi avoir fait « beaucoup, beaucoup de travail » pour rassurer les Américains que les pommes de terre de table de l’île puissent être exportées sans risques compte tenu de toutes les mesures de mitigation mises en place.

Plus tôt jeudi, le Parti conservateur (PCC) a reproché au gouvernement libéral de ne rien faire de valable pour régler l’interdiction

Trois députés, Richard Lehoux, John Barlow et Dave Epp, se sont dits d’avis que le gouvernement libéral échoue à défendre ce qu’ils appellent les pommes de terre de calibre mondial de l’Île-du-Prince-Édouard et nuit gravement à la réputation du Canada sur la scène internationale.

Or, les députés conservateurs soutiennent que les familles agricoles, les fermes générationnelles et la province continuent de ressentir les effets dévastateurs des tergiversations du gouvernement fédéral.