(Ottawa) Un accord de protection des investissements étrangers entre Taïwan et le Canada est en discussion, et ce, malgré les tensions persistantes avec la Chine continentale. Cette intention est accueillie avec une large approbation dans les milieux commerciaux et diplomatiques.

Publié le 10 janvier
La Presse Canadienne

La ministre du Commerce international, Mary Ng, en a fait l’annonce dans une déclaration publiée lundi, après s’être entretenue dimanche avec un ministre taïwanais. L’île représente un partenaire clé, car le Canada souhaite diversifier ses relations commerciales dans l’Indo-Pacifique.

« Les ministres ont discuté de la nécessité pour le Canada et Taïwan de continuer à travailler ensemble pour promouvoir davantage de résilience dans la chaîne d’approvisionnement et des opportunités commerciales mutuellement avantageuses ainsi que pour accroître la collaboration dans les domaines de la science, de la technologie et de l’innovation, de l’éducation, des affaires autochtones et de l’économie verte », a déclaré le bureau de Mary Ng à propos de sa rencontre avec John Deng, ministre taïwanais sans portefeuille.

La Chine critique généralement les pays qui vantent leurs liens économiques avec Taïwan. Cependant, Meredith Lilly, experte en commerce à la Norman Paterson School of International Affairs de l’Université Carleton, rappelle que l’île est un membre à part entière de l’Organisation mondiale du commerce, ce qui permet au Canada d’approfondir ses échanges commerciaux.

« Le Canada lance une stratégie indo-pacifique afin d’examiner les perspectives commerciales dans la région au-delà de la Chine. Taïwan en est une partie importante, a expliqué Mme Lilly. C’est en partie une question de souveraineté pour Taïwan et le Canada. »

Mme Lilly a rappelé que la résolution, l’an dernier, des affaires de Meng Wanzhou et des deux Michael renforce la nécessité pour le Canada de poursuivre d’autres relations commerciales hors de la Chine. Meng Wanzhou a été arrêtée à Vancouver en 2018 à la suite d’une demande d’extradition des États-Unis. Son arrestation a été suivie quelques jours plus tard par l’emprisonnement en Chine de Michael Kovrig et Michael Spavor pour espionnage, que le Canada et de nombreux alliés ont considérée comme des représailles inventées de toutes pièces.

L’affaire a plongé les relations sino-canadiennes au plus bas. Les libéraux de Justin Trudeau se sont joints à d’autres alliés pour dénoncer les coups de sabre chinois contre Taïwan ainsi que les mesures de répression des droits de l’homme à Hong Kong et contre la population musulmane ouïghoure dans la province occidentale du Xinjiang en Chine.

Depuis septembre, lorsque Meng Wanzhou est retournée en Chine et que MM. Kovrig et Spavor ont été libérés et renvoyés au Canada, le gouvernement fédéral a poursuivi ses travaux sur une nouvelle stratégie indo-pacifique – un surnom communément considéré dans les milieux de politique étrangère comme un raccourci pour une approche régionale excluant la Chine.

« Il est très encourageant que le Canada choisisse d’améliorer ses relations avec Taïwan alors que ce pays fait face aux menaces économiques et militaires de son voisin, la Chine », a souligné Margaret McCuaig-Johnston, experte de la Chine à l’Université d’Ottawa, qui a travaillé plus de trois décennies à la fonction publique fédérale sur les questions chinoises.

Mmes McCuaig-Johnston et Lilly affirment que l’ouverture commerciale du Canada à Taïwan se fait attendre depuis longtemps et pourrait avoir d’importants avantages économiques. Taïwan est notamment l’un des principaux producteurs mondiaux de semi-conducteurs, des puces qui alimentent les ordinateurs et les appareils mobiles, et qui sont en pénurie depuis un an et demi.

Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine, a précisé que Taïwan respecte les règles du commerce international et constitue un partenaire commercial plus fiable et prévisible que la Chine. « Bien que la Chine puisse protester en essayant de couper l’oxygène à Taïwan, j’ai plaidé pendant longtemps que nous devions prendre des mesures pour montrer plus de soutien à Taïwan, une démocratie dynamique, malgré les activités d’ingérence de la Chine », a-t-il ajouté.

Selon Mark Warner, un avocat spécialisé dans le commerce international basé à Toronto, la Chine ne serait peut-être pas satisfaite que le Canada poursuive un accord commercial bilatéral plus approfondi avec Taïwan. Cependant, Pékin serait bien plus en colère si le Canada soutenait Taïwan pour rejoindre l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

Ni Taïwan ni la Chine ne sont membres du PTPGP, mais ils ont demandé séparément leur adhésion en septembre. Le Canada, membre avec plusieurs autres pays dont le Japon, le Mexique et l’Australie, n’a publiquement pas approuvé leur candidature.

Affaires mondiales Canada affirme que Taïwan est le sixième plus grand partenaire commercial du Canada en Asie avec des investissements bilatéraux totalisant 813 millions en 2020.