Les consommateurs canadiens devront payer plus cher pour se nourrir l’an prochain. Le coût global des aliments augmentera entre 5 % à 7 %, selon le Rapport annuel des prix alimentaires 2022, publié jeudi.

Mis à jour le 9 déc. 2021
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

« Ça fait 12 ans qu’on fait ça et c’est la première fois qu’on prévoit une hausse aussi importante, 7 % c’est beaucoup », soutient l’un des auteurs du document, Sylvain Charlebois, directeur principal au laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaires de l’université Dalhousie.

Les amateurs de yogourts et de fromages ainsi que ceux qui affectionnent les repas aux restaurants comptent parmi ceux dont le budget sera le plus affecté. Selon le document, réalisé par quatre universités canadiennes, l’augmentation anticipée pour les produits laitiers et la facture au restaurant se situe entre 6 % à 8 %. Ces deux catégories devraient connaître la plus forte hausse.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvain Charlebois, directeur principal au laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaires de l’université Dalhousie

L’an dernier, le Rapport avait prévu une augmentation globale des denrées alimentaires pour 2021 de l’ordre de 3 % à 5 %. Comment expliquer que cette hausse soit encore plus importante pour l’année à venir ? « D’abord, il y a le coût des intrants : tout coûte plus cher à produire », mentionne Sylvain Charlebois.

« La main-d’œuvre coûte plus cher, ajoute-t-il. On l’a vu avec Exceldor et Olymel à Vallée-Jonction, cite-t-il en exemple en rappelant que les travailleurs de ces usines ont négocié des augmentations salariales. Les salaires s’améliorent dans le secteur. Tant mieux pour les employés, mais dans un environnement où les marges sont très minces, on n’a pas le choix d’ajuster les prix. »

« Le dernier facteur, c’est la logistique. Ça coûte plus cher transporter quoique ce soit. »

« Selon l’Indice de sécurité alimentaire mondiale, le Canada se classait au 18e rang mondial en 2019 lorsque l’accessibilité des aliments était mesurée. Aujourd’hui, en 2021, le Canada se classe 24e au monde », peut-on également lire dans le rapport.

En 2022, le Québec devrait connaître un taux d’inflation inférieur à la moyenne (6 %). Par contre, l’Alberta, la Colombie-Britannique, Terre-Neuve-et-Labrador, l’Ontario et la Saskatchewan auront des hausses de prix pouvant aller jusqu’à 7 %.

Le Québec cette année, c’est là où le taux d’inflation alimentaire a été le plus élevé au pays. C’est un cycle. On s’est aperçu que c’est rare que la même province ou les mêmes provinces vont vraiment vivre deux années consécutives où les taux d’inflation sont au-dessus de la moyenne.

Sylvain Charlebois

Moins de variété

Par ailleurs, la réduction du nombre de produits disponibles et les étalages vides qui ont marqué l’imaginaire depuis le début de la pandémie risquent de devenir monnaie courante. Indique-t-on également dans le rapport.

« Il y a beaucoup de problèmes au sein de la chaîne d’approvisionnement, rappelle M. Charlebois. On ne peut pas s’attendre à de la perfection à l’épicerie. Les commerçants (ajustent) aussi leur porte-folio de marques. Il y a quelques produits qui sont discontinués, qu’ils n’offrent plus. Entre deux (types de produit), souvent, il va y avoir de l’espace. »

Même scénario au restaurant, où les consommateurs risquent de devoir choisir leur plat à partir d’un menu plus restreint. « Plus de choix amène les épiciers à dépenser plus. Les restaurateurs, c’est la même chose. S’il y a moins de choix, il y a moins de pertes. »

Prévisions des prix alimentaires 2022

Augmentation anticipée

  • Boulangerie/pâtisserie : 5 % à 7 %
  • Produits laitiers : 6 % à 8 %
  • Fruits : 3 % à 5 %
  • Viandes : 0 à 2 %
  • Légumes : 5 % à 7 %
  • Restaurants : 6 % à 8 %