(Ottawa) VIA Rail s’attend à franchir un moment charnière de la modernisation de son parc avec l’arrivée des 32 trains commandés à Siemens. Ces nouvelles voitures s’accompagnent de plusieurs nouveautés afin d’améliorer le confort des voyageurs, mais la durée des trajets ne devrait pas raccourcir dans le corridor Québec-Windsor.

Publié le 1er déc. 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Sièges recouverts en cuir, allées plus larges, espaces réservés pour travailler à l’abri des regards en classe affaires, plateformes élévatrices pour personnes en situation de handicap : la société d’État a présenté, mardi, son premier train bidirectionnel (une locomotive, quatre wagons et une voiture-pilote) qui entrera prochainement dans une phase de tests.

Une fois en service – de manière progressive à compter du quatrième trimestre de 2022 jusqu’en 2025 –, ces trains vont transformer « l’expérience de voyage », affirment les représentants de VIA Rail. Toutefois, les restrictions limitant les horaires, la fréquence et la ponctualité demeureront.

« La durée de parcours, oui, c’est un facteur important », a souligné la présidente et chef de la direction de la société d’État, Cynthia Garneau, en conférence de presse à la gare d’Ottawa, où se tenait l’évènement. « Celui qui a trait aux fréquences aussi. Étant donné les circonstances actuelles du réseau sur lequel nous opérons, nous sommes limités. »

Les nouveaux trains de VIA Rail.

  • Autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du train, Siemens a opté pour un système d’éclairage à DEL, moins énergivore, pour les trains de VIA Rail.

    PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

    Autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du train, Siemens a opté pour un système d’éclairage à DEL, moins énergivore, pour les trains de VIA Rail.

  • Pour améliorer l’accessibilité et la circulation des passagers, sept pouces (environ 18 centimètres) ont été ajoutés à la largeur des allées.

    PHOTO CHARLES-ANTOINE GAGNON, LE DROIT

    Pour améliorer l’accessibilité et la circulation des passagers, sept pouces (environ 18 centimètres) ont été ajoutés à la largeur des allées.

  • Tous les sièges des voitures sont recouverts en cuir et ont été conçus pour VIA Rail. Les plateaux sont ajustables, ce qui n’est pas le cas dans les voitures actuelles.

    PHOTO CHARLES-ANTOINE GAGNON, LE DROIT

    Tous les sièges des voitures sont recouverts en cuir et ont été conçus pour VIA Rail. Les plateaux sont ajustables, ce qui n’est pas le cas dans les voitures actuelles.

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Le tronçon Québec-Windsor représentait 96 % de l’achalandage de VIA Rail en 2019, avant la pandémie de COVID-19. Cette dernière ne détient actuellement que 3 % des voies ferroviaires sur lesquelles passent ses trains. Elle n’a donc pas priorité sur les trains de marchandises.

Ainsi, la durée d’un trajet entre Montréal et Ottawa devrait continuer d’osciller aux alentours de deux heures, alors qu’il faudra toujours prévoir environ cinq heures depuis la métropole vers Toronto. Les nouveaux trains peuvent rouler jusqu’à près de 200 km/h, mais ils n’atteindront pas cette vitesse sur les voies actuelles.

Un changement nécessaire

Mais la majorité du parc qui circule dans le corridor Québec-Windsor a été construite dans les années 1980 et arrive en fin de vie. Il ne faut donc pas négliger cet aspect, selon Mme Garneau, aux commandes depuis mai 2019. Elle croit qu’une cure de rajeunissement des trains stimulera l’achalandage.

PHOTO CHARLES-ANTOINE GAGNON, LE DROIT

Cynthia Garneau, présidente et chef de la direction VIA Rail, a présenté le premier des 32 trains qui seront livrés par Siemens.

« Dans les cinq années [avant] 2019, ce que l’équipe avait réussi à faire, c’est d’accroître l’achalandage de 32 % avec les trains que l’on connaît aujourd’hui, a dit Mme Garneau. Alors si nous sommes capables d’améliorer l’expérience [des] passagers, […] on croit fermement que c’est quelque chose qui va nous aider à poursuivre, […] une fois que la pandémie sera derrière nous, cette croissance. »

En 2019, l’achalandage avait affiché une croissance de 5,5 % entre Québec et Windsor, selon le rapport annuel de VIA Rail, qui avait globalement transporté plus de 5 millions de passagers.

Selon Mme Garneau, l’enjeu du nombre de trajets sera réglé, à terme, par le projet de train à grande fréquence, qui aura son réseau de voies réservées, annoncé l’été dernier par le gouvernement Trudeau.

Étape préliminaire

Siemens avait coiffé Bombardier en 2018 en décrochant le contrat d’environ 1 milliard pour 32 trains – construits à Sacramento, en Californie – qui s’accompagne d’options pour 16 rames, ce qui ferait grimper la valeur de l’entente d’environ un demi-milliard de dollars.

Arborant déjà les couleurs de VIA Rail (gris et jaune), ce premier train n’est pas encore prêt à accueillir des passagers. L’intérieur n’est pas tout à fait terminé en raison des essais, qui mettront les voitures à l’épreuve des conditions hivernales.

Les essais se dérouleront entre la gare de Coteau, située à Vaudreuil-Soulanges, et Ottawa, pendant la nuit. Pourquoi la société d’État a-t-elle choisi ce tronçon pour y effectuer ses essais ?

« C’est parce que ces voies appartiennent à VIA Rail », a lancé son chef des affaires commerciales, Martin Landry.

Les trains retourneront au centre de maintenance situé à Montréal pendant la fin de semaine.

Au cours d’une séance de breffage technique, les représentants de VIA Rail ont fait valoir que ce parc, plus uniforme par rapport au parc actuel, serait moins coûteux à exploiter. Ils n’ont toutefois pas été en mesure de chiffrer les économies potentielles.

Ces trains bidirectionnels consommeront moins de carburant que ceux qui circulent actuellement puisqu’ils pourront rouler avec une seule locomotive. Actuellement, on en retrouve aux extrémités des trains. De plus, l’énergie générée lors des phases de freinage servira notamment à alimenter le système d’air climatisé et d’autres systèmes électriques.

Alimentées avec du carburant, ces rames pourront facilement être converties si le tronçon Québec-Windsor devait être électrifié. Les trains ont été construits de manière à pouvoir accueillir l’équipement nécessaire.

9000

Les 32 nouveaux trains représentent environ 9000 sièges, soit quelque 2800 en classe affaires et 6200 en classe économique.

Si VIA Rail vante le projet de train à grande fréquence (TGF) entre Québec et Windsor, c’est qu’il lui permettra à la fois d’accroître l’achalandage et d’offrir le service « au plus de communautés possible », estime sa présidente et chef de la direction, Cynthia Garneau. Un document du Bureau de projet conjoint – en partie sous la responsabilité de la société d’État – obtenu par La Presse et daté du mois d’avril révélait que le corridor entre Montréal et Toronto était le plus approprié pour l’exploitation d’un train à grande vitesse. « Ce sont les critères (achalandage et communautés desservies) que nous avons mis de l’avant et c’est ce qui continue de nous motiver dans ce projet », a répondu Mme Garneau, lorsqu’interrogée. Le TGF pourrait coûter jusqu’à 12 milliards.