(Madrid) Le secteur touristique mondial devrait encore perdre 2000 milliards de dollars cette année sous l’effet des restrictions liées à la pandémie de COVID-19, a annoncé lundi l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), qui juge la reprise de l’activité « lente » et « fragile ».

Publié le 28 nov. 2021
Valentin BONTEMPS Agence France-Presse

Cette estimation, similaire aux pertes essuyées en 2020, survient alors que de nouvelles restrictions ont été prises, en particulier en Europe, pour faire face à une nouvelle vague de l’épidémie et que le variant Omicron, détecté pour la première fois en Afrique du Sud, se propage dans le monde entier.

Ces dernières évolutions montrent que « la situation est totalement imprévisible » et que le secteur touristique n’est pas à l’abri d’aléas susceptibles de provoquer « d’énormes dégâts » économiques, a reconnu auprès de l’AFP le secrétaire général de l’OMT Zurab Pololikashvili.

Selon l’agence onusienne, qui tiendra à partir de mardi et jusqu’au 3 décembre son Assemblée générale à Madrid, les arrivées de touristes internationaux devraient ainsi rester cette année « de 70 à 75 % inférieures » à celles de l’avant-pandémie.

Le secteur touristique, l’un des plus touchés par les conséquences de la COVID-19, devrait essuyer de nouvelles pertes pharaoniques, évaluées à 2000 milliards de dollars, soit 1780 milliards d’euros), soit un niveau identique à celui de 2020.

« La crise du secteur touristique est historique, mais le tourisme a la capacité de récupérer rapidement », nuance toutefois Zurab Pololikashvili, en disant avoir l’« espoir que 2022 soit une bien meilleure année que 2021 ».

« Rythme inégal »

Selon le baromètre publié par l’agence onusienne, les arrivées de touristes internationaux ont « rebondi pendant la saison estivale », laissant entrevoir une amélioration après un début d’année atone, grâce à « la progression rapide des vaccinations ».

Malgré tout, « le rythme de la reprise reste inégal selon les régions du monde », insiste dans un communiqué l’OMT, qui attribue cette situation hétérogène à « des degrés variables de restrictions de mobilité, de taux de vaccination et de confiance des voyageurs ».

Durant le troisième trimestre, certaines îles des Caraïbes ainsi que plusieurs destinations d’Europe méridionale et méditerranéenne ont enregistré « des arrivées proches […], voire parfois supérieures » au niveau de 2019, souligne l’organisation basée à Madrid.

D’autres pays n’ont en revanche pratiquement pas accueilli de touristes, notamment en Asie et dans la région Pacifique, où de nombreux États interdisent encore à l’heure actuelle les voyages « non essentiels ».

Selon l’OMT, 46 pays restent à ce stade totalement fermés aux touristes, soit une destination sur cinq, et 55 le sont partiellement. À l’inverse, quatre pays ont levé toutes les restrictions : la Colombie, le Costa Rica, le Mexique et la République dominicaine.

Cette situation crée de la « confusion » et pèse sur le redémarrage de l’activité, juge l’agence onusienne, qui appelle les pays à « harmoniser » leurs protocoles en profitant des progrès liés à la « vaccination » et aux nouvelles « applications numériques ».

En raison des incertitudes qui pèsent sur l’évolution de l’épidémie, l’OMT ne donne pas à ce stade d’estimation du nombre de touristes qui pourraient se rendre à l’étranger en 2022. Mais elle prévient que la reprise sera « lente » et « fragile ».  

« Les taux de vaccination inégaux » et « les nouvelles souches de COVID-19 », dont le variant Omicron, pourraient freiner cette « reprise », souligne l’organisation, qui craint aussi également les effets « de la récente flambée des prix du pétrole » sur les voyages.

Face à ces obstacles, seule une « réponse coordonnée » des pays permettra de « rétablir la confiance des consommateurs », conclut l’OMT, qui a prévu de débattre de ces questions lors de son Assemblée générale dans la capitale espagnole.

Cette réunion, à laquelle participeront les représentants des 159 États membres, devait à l’origine avoir lieu à Marrakech, au Maroc. Mais ce pays a renoncé à accueillir l’évènement en raison de la recrudescence des cas de COVID-19 dans de nombreux pays.