(Genève) L’Organisation mondiale du commerce a reporté à la dernière minute sa première conférence ministérielle depuis quatre ans face à l’apparition du variant préoccupant Omicron, douchant les espoirs de relancer l’organisation très affaiblie.

Publié le 26 nov. 2021
Agnès PEDRERO Agence France-Presse

À l’issue d’une réunion d’urgence, les 164 membres de l’OMC ont convenu vendredi de reporter « sine die » la 12e conférence ministérielle suite à la propagation d’Omicron « qui a conduit de nombreux gouvernement à imposer d’importantes restrictions de voyage, lesquelles auraient empêché de nombreux ministres de se rendre à Genève », a indiqué l’organisation.

« Cela ne signifie pas que les négociations doivent s’arrêter. Au contraire, les délégations à Genève devraient être pleinement habilitées à rapprocher leurs positions le plus possible », a déclaré la directrice générale de l’OMC, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala.

L’OMC est la première organisation internationale à Genève à faire les frais du nouveau variant de la COVID-19 détecté à l’origine en Afrique australe. Il a été classé « préoccupant » par l’OMS quelques heures avant le report de la ministérielle. Il représente un risque « élevé à très élevé » pour l’Europe, selon l’agence de santé de l’UE.

Les regards se tournent désormais vers l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont les 194 membres doivent débattre la semaine prochaine d’un éventuel traité pandémique. La tenue de deux autres grandes réunions – l’une sur la finance durable, l’autre sur les systèmes d’armes létales autonomes-pourrait également être mise en péril.

La ministérielle de l’OMC, qui devait réunir du 30 novembre au 3 décembre au siège de l’organisation environ 4000 participants, dont des chefs d’État et plus d’une centaine de ministres, aurait dû se tenir au Kazakhstan en juin 2020, mais avait déjà été reportée suite à l’apparition des premiers cas de COVID-19 fin 2019.

Tous les membres ont soutenu le nouveau report. Selon l’OMC, Mme Okonjo-Iweala a expliqué aux diplomates qu’une réunion en ligne n’aurait pas permis de mener « des négociations complexes sur des questions politiquement sensibles ».

L’ambassadeur européen auprès de l’OMC, João Aguiar Machado, a reconnu que « ce n’était pas un choix facile, mais la bonne décision ».

« Mauvais exutoire »

Il s’agissait de la première ministérielle de Mme Okonjo-Iweala, arrivée en mars, dont tout le monde salue depuis la volonté sans relâche de redonner une visibilité à l’OMC, dans un contexte de crise et de rivalités croissantes entre les deux premières puissances économiques mondiales : la Chine et les États-Unis.

Ce premier test de la réalité de son influence était d’autant plus important que la précédente ministérielle de Buenos Aires s’était achevée fin 2017 sans accord significatif. Depuis, les dossiers se sont empilés.

De nombreux observateurs jugeaient difficile que les 164 membres de l’OMC puissent conclure des accords d’envergure durant cette 12e ministérielle de l’OMC, notamment sur la pêche et la question des droits de propriété intellectuelle pendant la pandémie. Mais beaucoup gardaient l’espoir que la réunion permette au moins de débloquer les discussions.

« Une conférence ministérielle offre la possibilité de trouver des solutions politiques à des questions pour lesquelles les solutions techniques ne suffisent pas à elles seules », a réagi auprès de l’AFP Dmitry Grozoubinski, directeur de l’organisation Geneva Trade Platform.

Cette conférence devait en outre intervenir alors que l’OMC-où les décisions sont prises par consensus-a perdu en pertinence faute de pouvoir conclure des accords majeurs et régler des désaccords entre certains membres et la Chine.

De plus, le principal instrument pour régler les différends entre ses membres – l’organe d’appel – est paralysé faute de juges. L’administration du président américain Joe Biden s’est dite prête à le relancer après le blocage des années Trump, mais sans proposition concrète.

« Il y avait peu d’optimisme sur l’issue des négociations de ces prochains jours, mais cette suspension est un mauvais exutoire et empêche de souligner que le non-engagement des États-Unis encourage l’inertie d’une difficile réforme de l’OMC », a dit Elvire Fabry, chercheuse responsable de la politique commerciale à l’Institut européen Jacques Delors.