(Ottawa) Une majorité des Canadiens qui ont reçu la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) étaient dépendants du défunt programme, indique une analyse interne du ministère du Travail et du Développement social.

Jordan Press La Presse Canadienne

Selon cette étude, environ 75 % des 1,8 million de prestataires de la PCRE ont présenté des demandes récurrentes.

On recense parmi eux quelque 627 000 prestataires ayant reçu cette aide pendant plusieurs mois consécutifs.

La Presse Canadienne a pu obtenir une copie de cette étude remise à un haut fonctionnaire du ministère en vertu de la loi d’accès à l’information.

Selon des experts qui ont consulté le document, l’analyse sous-entend la nécessité de ce programme d’aide financière qui prend fin ce week-end.

Au 10 octobre, le gouvernement avait versé un peu plus de 27 milliards à près de 2,2 millions de demandeurs depuis l’entrée en vigueur de la PCRE à la fin de septembre 2020.

À l’heure actuelle, ils sont environ 800 000 prestataires qui n’ont eu que 48 heures pour s’ajuster à la suite de l’annonce par le gouvernement libéral de la fin de la PRCÉ, jeudi.

« Les travailleurs ont besoin de la PRCÉ pour payer leur loyer et ne pas perdre leur résidence. Plusieurs ne peuvent trouver que des emplois à temps partiel et n’ont pas assez de quarts de travail pour joindre les deux bouts. La pandémie n’est pas terminée », a écrit la directrice générale du groupe Workers Action Centre de Toronto, Deena Ladd.

En annonçant la décision, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré jeudi que l’économie reprenait de la vigueur dans la plupart des secteurs.

« On reconnaît qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs et les gens ont la possibilité de retourner au travail, avait-il dit. De continuer un appui général n’est pas tout à fait nécessaire pour l’économie. »

En même temps, la ministre des Finances Chrystia Freeland a annoncé la fin de la subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) et de la subvention d’urgence pour le loyer (SUCL). Elle compte accroître les crédits fiscaux pour les entreprises qui engagent de nouveaux employés.

Jennifer Robson, une professeure associée de l’Université Carleton à Ottawa, déplore que l’annonce de jeudi n’aborde pas la nécessité d’une nouvelle formation ou d’offrir des services de recherches d’emploi aux chômeurs.

« Les crédits à l’embauche peuvent, en théorie, convaincre certains employeurs à embaucher des travailleurs, mais il n’y a rien dans ce qui a été annoncé pour aider à court terme les bénéficiaires de la PCRE », a-t-elle écrit dans un courriel à La Presse Canadienne.

Dans leur analyse, les fonctionnaires fédéraux constatent que le nombre de personnes demandant la PCRE une première fois avait diminué à partir de la mi-janvier. Plus de 600 000 bénéficiaires qui ont reçu la prestation au cours des quatre premiers mois de son existence ne la réclamaient plus au début de juin.

Une tendance similaire est constatée parmi les prestataires de l’assurance-emploi. « Cela indique que les Canadiens sont retournés au travail », peut-on lire dans le document.

Selon l’économiste en chef de Marchés des capitaux CIBC, Avery Shenfeld, il y a un risque de voir les travailleurs qui comptaient sur la PCRE « grossir les rangs des chasseurs d’emploi ». Cela pourrait affecter le taux de chômage au pays au cours des prochaines semaines.

Les libéraux ont remplacé la PCRE par une prestation hebdomadaire de 300 $ réservée à ceux qui perdent leur emploi ou leur revenu à cause d’un confinement ordonné par un gouvernement.

Au cours d’une entrevue à l’émission Question Period de CTV, la ministre de l’Emploi Carla Qualtrough a indiqué dimanche que seuls ceux qui sont touchés par un confinement total auront droit à la nouvelle prestation, et non ceux qui sont affectés par des mesures ponctuelles, comme celles limitant la capacité d’un restaurant.

« Je ne suis pas certain qu’on prévoit un confinement total dans un avenir prochain. C’est donc une mesure effective pour éliminer la PCRE sans créer de nouvelles prestations », commente l’économiste principal du Centre canadien de politiques alternatives David Macdonald.