Alors qu’ils réclamaient son abolition depuis des mois en raison d’un manque criant de main-d’œuvre, les restaurateurs, les commerçants et les différentes associations représentant le milieu des affaires se réjouissent de la décision du gouvernement fédéral de mettre fin à la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE).

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Toutefois, bien que saluée, l’annonce concernant l’aide ciblée qui sera apportée aux « entreprises les plus durement touchées » suscite tout de même des insatisfactions puisque l’on juge que, en raison des critères d’admissibilité qualifiés de trop élevés, beaucoup d’entre elles risquent d’être mises de côté.

« J’accueille vraiment favorablement le fait que les programmes d’aide comme la PCRE soient terminés parce qu’actuellement, notre enjeu principal, c’est de trouver de la main-d’œuvre. C’était comme un non-sens d’aider les gens à rester à la maison alors qu’il y a plein d’emplois disponibles », soutient Benjamin Chèvrefils, vice-président du Groupe ZIBO ! (restaurants ZIBO ! et Vertigo), dont les 10 établissements sont situés dans la grande région de Montréal. « Je trouvais que c’était un peu contre-productif. »

Avec la fin de ce programme le 23 octobre, M. Chèvrefils espère que davantage d’étudiants lui enverront leur curriculum vitæ. Le Groupe ZIBO ! compte actuellement 650 employés.

« Il y a peut-être des gens qui vont revenir sur le marché de l’emploi, souhaite également Jean-Guy Côté, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Lorsqu’il y a plus de 20 000 postes vacants dans le commerce de détail, il y a de l’espace pour les accueillir. »

Jean-François Transon, président de Club C et de Nero Bianco, qui compte 35 magasins de chaussures, se dit également « très heureux » que la PCRE ait pris fin. S’il souhaite pouvoir faire plus d’embauches, M. Transon ne croit toutefois pas aux miracles. « On était en pénurie de main-d’œuvre avant la COVID, rappelle-t-il. La fin de la PCRE ne viendra pas tout combler demain matin. Ça va mettre un pansement. La plaie reste ouverte, mais elle saigne un peu moins vite. »

Des entreprises abandonnées

L’annonce du prolongement de la subvention salariale et la subvention aux loyers a laissé sur sa faim Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). D'une part, ce programme en deux volets permet aux entreprises touristiques et d’accueil comme les hôtels et les restaurants de recevoir de l’aide si elles ont essuyé des pertes de revenus d’au moins 40 %. D’autre part, les entreprises d’autres secteurs peuvent elles aussi recevoir un coup de pouce si leurs pertes s’élèvent à au moins 50 % de mars 2020 à mars 2021 et pour le mois courant.

« Il risque d’y avoir beaucoup d’entreprises qui vont être à un cheveu de [répondre aux critères] et qui ne le pourront pas, dénonce M. Génette. Imaginez que vous n’êtes pas dans le secteur touristique et que vous avez une perte de revenus de 45 %. Vous n’avez accès à rien. Ça va laisser beaucoup d’entreprises sans soutien. »

Au centre-ville, le directeur général du Centre Sheraton Montréal, Bertil Fabre, a de son côté reçu la nouvelle concernant le prolongement des programmes de subventions comme une bouffée d’air frais. « Ça va de mieux en mieux, a déclaré d’emblée celui qui porte également le chapeau de président de l’Association des hôtels du Grand Montréal (AHGM). J’attendais ça depuis quelques semaines déjà. Ça m’a soulagé. Ça va nous permettre de passer à travers les prochaines semaines, les prochains mois. C’est ce qui nous a permis de survivre durant les mois d’été. »