(Montréal) Pierre a eu un choc quand est venu le temps de renouveler sa police d’assurance pour son entreprise de plomberie l’été dernier. Sa prime annuelle avait quadruplé, passant de 2000 $ à 8000 $.

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

Après avoir fait des démarches auprès de deux courtiers d’assurance, il parvient à obtenir un prix de 4500 $, soit plus du double. « Pourtant, je n’ai eu aucune réclamation dans mes dossiers, rien », indique ce plombier qui a demandé qu’on change son nom pour parler librement.

La situation pourrait être pire encore pour certains de ses collègues, avance-t-il au téléphone entre deux contrats. Son expertise est le débouchage, un domaine jugé moins risqué par les assureurs que l’installation de plomberie, et il n’a pas d’employés sous sa supervision.

Pierre n’est pas seul dans cette situation, confirme André Bergeron, directeur général de la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec (CMMTQ). « Si on n’a pas reçu 200 appels, on n’en a pas reçu ! On a parlé avec des gens qui ont de la difficulté à trouver des assurances, des gens qui trouvent que ça n’a pas d’allure, que ça augmente trop. »

M. Bergeron a entendu des histoires de membres qui ont vu le montant de leurs primes doubler ou tripler.

On en a même vu quadrupler. Ça dépend du dossier du membre. Il n’y a personne qui n’a pas eu d’augmentation et qui ne s’en plaint pas. Même pour les membres qui ont un bon dossier, ça a vraiment augmenté de façon importante.

André Bergeron, directeur général de la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec

À la CMMTQ, la hausse généralisée des primes pour l’ensemble des entrepreneurs en plomberie s’est imposée comme une priorité. M. Bergeron a entamé des démarches auprès de divers acteurs du secteur afin de trouver des solutions. « C’est vraiment un gros dossier chez nous. »

Resserrement du marché

Le marché de l’assurance pour les plombiers s’est resserré, constate Vincent Gaudreau, vice-président et courtier en assurance de dommages chez Gaudreau Assurances.

« Il y a beaucoup d’assureurs qui ont moins d’appétit pour les plombiers ou qui ne veulent plus de plombiers comme clients. Nous, comme courtiers, les options qu’on a sont de plus en plus réduites. »

Il faut dire que la sinistralité des plombiers a augmenté au cours des dernières années, ajoute M. Gaudreau.

La moindre erreur peut causer des réclamations substantielles.

Vincent Gaudreau, vice-président et courtier en assurance de dommages chez Gaudreau Assurances

Pour les assureurs, les dégâts d’eau coûtent cher, abonde le Bureau d’assurance du Canada (BAC), qui représente l’industrie. Au Québec, environ la moitié des sommes versées par les assureurs pour les politiques d’assurance habitation sont liées à des dégâts attribuables à l’eau. Les dégâts d’eau liés à des installations sanitaires (plomberie) représentent 23 % des réclamations.

« Ça coûte énormément cher aux assureurs, explique Pierre Babinsky, directeur des communications du BAC. Par conséquent, ils vont toujours être plus prudents lorsqu’ils vont souscrire des polices d’assurance pour les entreprises qui peuvent être liées à ce genre d’évènement là. »

La faiblesse des taux d’intérêt explique également l’intérêt moindre des assureurs, avance François Vallerand, vice-président, partenariats avec les groupes et associations, chez Lussier Dale Parizeau. Plus les taux sont bas, moins les assureurs génèrent de rendement sur les primes qu’ils collectent, ce qui diminue l’attrait de prendre des contrats plus risqués.

Au bout du compte, MM. Vallerand et Gaudreau disent qu’ils sont en mesure de trouver des polices pour leurs clients plombiers. « Comme courtiers, on trouve toujours une solution pour nos clients, dit M. Vallerand. Je ne vous dis pas que la solution était idéale d’un point de vue tarif, mais il n’y a personne qui reste sans assurance. »

Les cas extrêmes de primes qui se multiplient sont rares, nuance M. Gaudreau. « Des cas de primes qui doublent, c’est plus rare qu’on voie ça quand le dossier est correct et qu’on n’a pas eu beaucoup de réclamations. »

La situation n’en demeure pas moins difficile pour de nombreux plombiers, déplore M. Bergeron. Il donne l’exemple d’un plombier qui l’a contacté. Son entreprise génère des revenus annuels d’environ 100 000 $ et sa prime était de 10 000 $. « Juste les assurances, ça gruge 10 % de ses revenus. On part mal ! »

Il n’y a pas que les plombiers qui doivent composer avec un marché de l’assurance difficile. Dans le secteur de la construction, près de 76 % des petites entreprises affirment que leur prime a grimpé en 2021, selon un sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), dévoilé en août.

Les assurances représentent un coût « important » pour les entreprises, poursuit Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales de la FCEI. Pour les PME, les assurances arrivent au deuxième rang des coûts qui limitent le plus la croissance après les coûts de la main-d’œuvre. « Ça vient frapper encore davantage les finances de l’entreprise. »

Les clients font aussi les frais de l’augmentation des primes des plombiers, dit Pierre. Si les entrepreneurs quittent le métier dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, trouver un plombier devient de plus en plus difficile. « Avec ces coûts, on ne peut plus se déplacer pour de petits travaux. Le client va devoir payer pour des frais de déplacement pour une job d’une demi-heure. »