Le courtier immobilier Joseph Montanaro, qui vient de vendre la maison du premier ministre François Legault à Outremont, a plaidé coupable d’avoir laissé quelqu’un d’autre suivre à sa place les formations obligatoires de l’industrie.

Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

Les audiences devaient commencer le 28 septembre devant le comité de discipline des courtiers. Joseph Montanaro, qui a travaillé jusqu’en 2020 pour la prestigieuse agence de luxe Sotheby's, s’est toutefois mis d’accord dès le premier jour avec le chien de garde de la profession pour payer une amende de 20 000 $.

« Mais qu’est-ce que ça vous concerne vous ? », a-t-il d’abord demandé à La Presse lorsque nous l’avons contacté.

Son avocat devant le comité de discipline de l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ), Alain Mongeau, était aussi en ligne. Il confirme que le comité et son client ont convenu d’une amende de 20 000 $.

« Je ne commenterai pas tant qu’il n’y aura pas de jugement de rendu, mais c’est la recommandation qui avait été formulée par les deux parties », dit-il.

L’avocat explique que le résumé des faits déposé lors de l’audition indique qu’« une adjointe administrative a organisé des sessions auxquelles une secrétaire ou une adjointe a assisté, et M. Montanaro ne s’y est pas opposé ».

« Rien dans le résumé des faits n’indique que M. Montanaro a organisé cette façon de faire », insiste-t-il.

Selon la plainte du syndic à laquelle il a plaidé coupable, le courtier a, en 2018 et 2019, « permis ou demandé à une tierce personne de suivre à sa place des formations afin de compléter son programme de formation continue de l’OACIQ ».

Mis à la porte de Sotheby's

Joseph Montanaro était alors affilié à Sotheby's Canada. C’est d’ailleurs son directeur régional pour le Québec, Daniel Dagenais, qui a demandé au syndic de mener une enquête sur sa conduite.

« Les preuves étaient accablantes, dit-il. Ce sont d’anciens employés qui m’ont parlé du comportement de M. Montanaro. »

Ce n’est toutefois pas cette affaire qui l’a poussé à le mettre à la porte de l’agence. Daniel Dagenais n’a pas voulu s’étendre sur les raisons de la fin de l’association de Sotheby's et Joseph Montanaro.

« Nos contrats permettent d’y mettre fin sans cause », explique-t-il. Il ajoute qu’il ne lui reprochait pas « une chose », mais « un ensemble de choses ». « C’était plus une question de vision et de collaboration », dit-il.

Questionné à ce sujet, Joseph Montanaro assure qu’il n’a « aucune idée de ce qui s’est passé avec Sotheby's ».

Il risquait la suspension

Le courtier risquait jusqu’à 50 000 $ d’amende pour les gestes que le syndic lui reproche, mais surtout une suspension de son permis de courtier.

Pour le patron de Sotheby's au Québec, l’amende de 20 000 $ qu’ont proposée les deux parties équivaut à une « tape sur les doigts ».

« La sanction est minime en relation avec les revenus de M. Montanaro, dit Daniel Dagenais. Une suspension de plusieurs mois m’aurait semblé plus appropriée. »

Une ancienne membre de l’équipe du courtier, qui désire garder l’anonymat de peur d’être poursuivie, abonde. Elle croit que la décision du comité est injuste pour l’agent moyen qui suit ses formations.

« Payer 20 000 $ d’amende pour que quelqu’un d’autre suive une formation à sa place, un courtier normal ne peut pas faire ça », dit-elle.

« Histoire patentée »

Joseph Montanaro ne l’entend pas de cette oreille.

« Ça, c’est toute une histoire patentée par la compétition », proteste-t-il.

Sur son site internet, le courtier affirme que son équipe et lui ont enregistré des ventes d’une valeur de « plus de 1,6 milliard » depuis 2008. Selon ses chiffres, il a près d’une cinquantaine de transactions à plus de 4 millions de dollars à son actif.

Parmi elles figurent la maison de Céline Dion à Laval, vendue en 2016, et celle du premier ministre François Legault à Outremont. Joseph Montanaro vient tout juste de lui trouver un acheteur, tel que le rapportait La Presse le 28 septembre, le jour même de l’audience de Joseph Montanaro devant le comité de discipline de l’OACIQ.

Le courtier demandait 4 995 000 $ pour la demeure.

Joseph Montanaro tentait aussi de vendre pour 19 millions l’énorme maison en construction de Feras Antoon, l’un des propriétaires du controversé site Pornhub. Pour l’ériger, le magnat du porno avait fait abattre 220 arbres jouxtant le parc-nature du Bois-de-Saraguay. La propriété a toutefois brûlé en avril dernier avant de trouver son riche acquéreur.

Sur son site, le courtier affiche même une propriété à 30,8 millions, place de Ramezay, au centre-ville de Montréal.

Avec Isabelle Massé, La Presse