Le gouvernement Legault a annoncé jeudi des primes de 15 000 $ pour des postes d’infirmière à temps complet, voire 18 000 $ dans les régions où la pénurie est plus importante, et d’autres bonis pour rapatrier celles qui ont quitté le réseau. Ces mesures incitatives auront un impact sur les agences de placement d’infirmières. Certaines craignent de disparaître, tandis que d’autres se réorganiseront.

Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

Si plusieurs agences de placement d’infirmières contactées par La Presse se sont dites incapables d’évaluer les impacts des primes offertes par le gouvernement sur les finances de leur entreprise, le fondateur de l’une des plus grandes agences du Québec, 24/7 Expertise en Soins de Santé, est plutôt optimiste.

« C’est clair qu’il y aura une baisse de revenus, mais on va se réorganiser, comme on a su le faire quand la COVID-19 est arrivée, soutient au téléphone Dany Côté, propriétaire de l’agence 24/7 Expertise en Soins de Santé. S’il y a 25 % de mes infirmières qui s’en vont dans le réseau, je vais compter sur les autres professionnels de la santé de mon agence. Peut-être aussi qu’il y a des infirmières qui ne voudront pas faire du temps complet. »

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Dany Côté, propriétaire de l’agence 24/7 Expertise en Soins de Santé

Actuellement, le tiers de ses 800 employés sont des infirmières. Son agence de placement, située à Montréal, existe depuis 2004 et place des professionnels de la santé partout au Québec.

D’emblée, l’infirmier de formation salue l’initiative du gouvernement, qui, pour une fois, dit-il, a réfléchi autrement.

On est contents qu’il y ait une réforme basée sur la qualité de vie des infirmières, elles le méritent, mais j’ai de la misère à croire que ça va fonctionner à long terme.

Dany Côté, propriétaire de l’agence Expertise 24-7

La majorité des employées qui travaillent pour son agence et celles du regroupement Entreprises privées de personnels soignants du Québec (EPPSQ) le font pour la conciliation travail-famille, et non pour l’argent. « Quand elles m’appellent, je les écoute, et quand elles ont besoin de congé, je leur donne. Cette dynamique d’employabilité est une raison pour laquelle les infirmières ne retourneront pas dans le réseau pour 15 000 $. »

Selon ce propriétaire, le déséquilibre dans le réseau de la santé a été créé par les petites agences de placement, qui, observe-t-il, ont exagéré en réclamant des tarifs exorbitants aux hôpitaux du système public.

« Je ne sais pas ce qui va nous arriver »

« C’est terrible pour nous, s’exclame au téléphone Stanley Neba, infirmier et fondateur de l’agence de placement Groupe Camer Santé. On a déjà perdu 75 % de nos employés depuis le mois d’avril à cause de l’arrêté ministériel. Avec l’annonce d’aujourd’hui, je ne sais pas ce qui va nous arriver. »

C’est la pandémie qui a incité cet infirmier à créer sa propre agence en octobre 2020, car un besoin criant de personnel se faisait sentir à l’hôpital où il travaillait en Montérégie, relate-t-il.

Stanley Neba, qui fait des quarts de travail la nuit à l’hôpital de Gatineau, tente de placer les employés de son agence qui lui restent durant le jour. Il affirme recevoir actuellement 200 demandes par jour pour des infirmières et des infirmiers. Or, il ne peut les satisfaire en raison de l’arrêté ministériel du 26 mars 2020, qui lui interdit de placer ses employés qui ont quitté le réseau de la santé il y a moins de 90 jours. De plus, les salaires horaires maximaux fixés par le gouvernement lui causent du tort, dit-il, tout comme l’interdiction d’embaucher une personne ayant un lien d’emploi avec un organisme du secteur de la santé et des services sociaux.

Joint par La Presse, un directeur du Groupe ADR a dit ne pas être en mesure d’évaluer les impacts possibles pour l’instant. « On va attendre les arrêtés officiels », a-t-il seulement dit.