(San José) L’ancien secrétaire à la Défense des États-Unis Jim Mattis est passé de la fascination à la déception vis-à-vis de Theranos, a-t-il raconté mercredi lors du procès d’Elizabeth Holmes, la fondatrice de la start-up accusée d’avoir berné de nombreux investisseurs, médecins et patients afin de s’enrichir.

Agence France-Presse

L’homme d’État, qui a fait partie du conseil d’administration de Theranos de 2013 à 2016, était le premier invité de marque appelé à témoigner contre l’ancienne star de la Silicon Valley qui risque la prison pour avoir commis, selon le parquet, une fraude massive.

« C’était tellement nouveau, j’étais vraiment impressionné par ce que disait Mademoiselle Holmes », a relaté le général, qui commandait les forces armées américaines au Moyen-Orient quand il a rencontré l’ex-patronne, au début des années 2010.

Il a déclaré avoir investi près de 85 000 $ US dans l’entreprise ne démarrage, précisant que c’était une somme importante pour lui.

L’entreprise, lancée en 2003, prévoyait de produire à grande échelle des outils de diagnostic plus rapides et moins chers que ceux des laboratoires traditionnels, grâce à des méthodes censées permettre jusqu’à 200 analyses à partir de quelques gouttes de sang.

Mais les machines n’ont pas fonctionné, et le parquet accuse Elizabeth Holmes d’avoir « menti et triché pour obtenir de l’argent », selon les mots du procureur Robert Leach il y a deux semaines, lors de l’ouverture du procès à San José, en Californie.

PHOTO JEFF CHIU, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Elizabeth Holmes

Elle a aussi prétendu « que l’armée américaine utilisait (la mini machine), que des groupes pharmaceutiques majeurs la promouvaient et que leur entreprise était sur le point de gagner des centaines de millions de dollars », avait-il continué.

« J’avais adoré l’idée qu’on puisse réaliser toute une batterie de tests sur place, avec une seule goutte de sang. Un tel système aurait pu être très utile quand vous avez de nombreuses victimes à diagnostiquer rapidement », a détaillé Jim Mattis.

Mais il a assuré qu’à sa connaissance, aucun kit ou machine « n’a jamais été déployé par les militaires sur le terrain ».

« Intelligente, éloquente, déterminée »

En 2015, des révélations du Wall Street Journal ont fait éclater le scandale. Le commandant, tout en insistant sur la nécessité de faire tester la technologie de Theranos par des entités indépendantes, espère alors qu’il s’agit d’un problème de communication ou même d’un « journaliste agressif ».

« Quand j’y repense aujourd’hui, je suis déçu par le manque de transparence », a-t-il déclaré.

D’autres personnalités ont aussi cru à la révolution promise par Elizabeth Holmes, qui a fondé sa start-up à 19 ans. L’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger, un autre ex-membre du conseil d’administration de Theranos, ou encore le magnat des médias Rupert Murdoch, qui avait investi, figurent ainsi sur la liste des potentiels témoins.

La charismatique patronne aux cheveux blonds était « intelligente, éloquente, déterminée » a énuméré Jim Mattis.

Avant sa déchéance, Elizabeth Holmes, était régulièrement comparée au fondateur d’Apple Steve Jobs, qu’elle admirait beaucoup. En 2014, sa fortune était évaluée à 3,6 milliards US. C’était alors la plus jeune milliardaire n’ayant pas hérité de sa fortune.

La défense compte plaider que Ramesh « Sunny » Balwani, son associé et ex-amant, de 19 ans son aîné, la contrôlait et abusait d’elle psychologiquement.

Mais d’après Jim Mattis, lors des réunions auxquelles il a assisté, « il était clair que c’était elle aux commandes ».

Jusqu’à présent, le jury a assisté à différents témoignages, dont ceux d’ex-employés qui avaient fait part de leurs doutes sur l’efficacité des tests sanguins, et, mardi, à celui d’une patiente mal diagnostiquée. On lui avait expliqué qu’elle était en train de faire une fausse couche alors que le bébé était en bonne santé.