Après une période d’accalmie l’hiver passé, les vols sont repartis à la hausse à Montréal, tandis que le marché mondial souffre d’une pénurie de pièces

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Après une période d’accalmie l’hiver passé, les vols de véhicules ont repris de plus belle dans la province. La tendance n’est pas près de s’essouffler, car le marché international est vorace et les voleurs doivent rattraper le temps perdu, selon des experts.

En 2020, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a recensé 4510 vols de véhicules récréatifs sur son territoire, soit 560 de plus qu’en 2019. Cette année, entre le 1er janvier et le 1er juin, 1759 voitures ont déjà été volées à Montréal.

Ces données sont inquiétantes si on les compare à celles du Bureau d’assurance du Canada (BAC). En effet, le BAC a enregistré une forte baisse des réclamations pour vols de véhicules complets pendant le premier trimestre de 2021, soit de janvier à mars. Rappelons que durant cette période, un couvre-feu était établi dans une bonne partie de la province.

Dès avril, cependant, les vols sont repartis à la hausse. Le deuxième trimestre de 2021 a enregistré le plus haut nombre de véhicules volés au Québec depuis 2018, soit 1616, selon les données du BAC. Il s’agit d’une hausse étonnante de 51 % par rapport au trimestre précédent. C’est aussi 26 véhicules de plus qu’au dernier trimestre de 2020, où l’on avait enregistré le triste record (depuis 2018) de 1590 véhicules volés.

« Nous pensons que la pandémie et la pénurie ont un effet sur cette hausse-là. Pourquoi ? Parce que les voleurs ont été tranquilles pendant une couple de mois et que le marché mondial a besoin de pièces », indique Charles Rabbat, responsable des relations avec les services de police et les assureurs pour Sherlock, entreprise de sécurité automobile. Selon lui, cette hausse est prévisible. « Il faut que les voleurs rattrapent le temps perdu », résume-t-il.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Charles Rabbat, responsable des relations avec les services de police et les assureurs pour Sherlock

Précisions qu’aucune augmentation des vols n’a été notée par la Sûreté du Québec, où les chiffres concernant les vols de véhicules sont même à la baisse pour la période allant de mai à juillet 2021, par comparaison à 2020 et 2019.

Des marques et des pièces convoitées

« Les Honda CRV représentent à eux seuls plus de 40 % de tous les véhicules volés à Montréal », précise par courriel Anik de Repentigny, chargée de communication pour le SPVM. Les autres marques de prédilection sont les camionnettes Ford F-150 et les VUS de luxe, particulièrement Lexus.

« Les véhicules 4x4, ça va surtout au Moyen-Orient et en Afrique, où c’est très prisé », souligne Charles Rabbat, qui est aussi ex-policier et ancien directeur de la sécurité du BAC.

Les véhicules haut de gamme, comme les Mercedes, sont destinés au marché des pays de l’Est, comme la Russie.

Charles Rabbat, responsable des relations avec les services de police et les assureurs pour Sherlock

Les voleurs ne s’intéressent cependant pas uniquement aux véhicules complets. En 2021, jusqu’à présent, davantage de vols d’une partie du véhicule ont été rapportés au BAC que de vols de véhicules complets, une situation hors du commun. « Nous avons des raisons de croire que cela provient des vols de catalyseurs dont nous entendons parler depuis plusieurs mois », confirme Pauline Triplet, conseillère principale en communication du BAC.

Les convertisseurs catalytiques, présents dans le système d’échappement des voitures et des camions, contiennent des métaux prisés sur le marché noir. « Le coût de remplacement d’un catalyseur, pour un gros camion, c’est 25 000 $, explique Charles Rabbat. C’est catastrophique pour le propriétaire ! »

Sur une note positive, les nouveaux modèles de Honda ont protégé les catalyseurs avec une plaque, selon Charles Rabbat. En ce qui concerne les autres modèles, M. Rabbat encourage les propriétaires de véhicule à se les faire installer. « Parce que voler un catalyseur, ça prend de 15 à 20 secondes », souligne-t-il.

Montréal, plaque tournante du marché international

La métropole du Québec, avec son accès privilégié au port de Montréal, est reconnue comme étant un épicentre du trafic de véhicules à l’international. « Depuis quelques années, les vols de véhicules sont effectivement en augmentation à Montréal, principalement pour la revente à l’étranger (voitures, recyclage de pièces, etc.) », explique Anik de Repentigny.

Cette augmentation frappe certains concessionnaires, comme Jean-Claude Gravel, président du Groupe Gravel Auto, qui compte sept concessionnaires à Montréal.

Ça s’est vraiment empiré depuis deux ans. Nos primes d’assurance ont augmenté de 300 %, au point qu’on a même dû changer d’assureur. Mon déductible est passé de 5000 à 25 000 $.

Jean-Claude Gravel, président du Groupe Gravel Auto

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Concessionnaire du Groupe Gravel, touché par l’augmentation des vols de véhicules à Montréal dans les dernières années

Le SPVM travaille de concert avec l’Agence des services frontaliers du Canada, puisque le Port de Montréal est sous juridiction fédérale, affirme Anik de Repentigny. « Une vingtaine de véhicules sont ainsi saisis chaque semaine et le SPVM intervient de façon hebdomadaire dans ce contexte », assure-t-elle.

« Les véhicules, c’est une monnaie d’échange, affirme Charles Rabbat. Les voleurs envoient [les véhicules] dans un pays contre de la drogue, ou pour le trafic d’armes ou d’êtres humains. Sur le marché québécois, on risque de voir une hausse des vols. C’est ça, la réalité », conclut-il.