Le gouvernement Trudeau répète qu’il souhaite un environnement favorisant une diminution du prix des forfaits de téléphonie mobile. C’est plutôt l’effet inverse qui pourrait se produire dans la foulée des dernières enchères de fréquences sans fil et de récentes décisions du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), relève un nouveau rapport.

Publié le 12 août 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Collectivement, les acteurs du secteur des télécommunications comme Bell, Rogers, Telus, Vidéotron et Cogeco ont avancé 8,9 milliards – plus du double de ce qui avait été estimé par les analystes – pour acquérir des licences dans le spectre à 3500 mégahertz (MHz), des fréquences considérées comme névralgiques dans le déploiement des réseaux de cinquième génération.

L’acquisition de fréquences, un bien public, n’est qu’une étape pour les entreprises, qui doivent ensuite allouer d’autres sommes pour élargir l’empreinte de leur réseau tout en continuant d’investir dans leurs infrastructures existantes.

Selon LYA, firme de recherche et services-conseils spécialisée dans le secteur des télécommunications, cela n’est pas de bon augure pour les consommateurs canadiens, qui figurent déjà parmi ceux qui payent le plus pour leurs forfaits de téléphonie mobile.

« Ces prix élevés payés [par les entreprises] lors des enchères finiront par être refilés aux consommateurs, ce qui contribuera à maintenir les prix élevés », est-il souligné dans son plus récent rapport publié en ligne.

LYA souligne que lors des dernières enchères d’Ottawa, dont les résultats ont été annoncés le 29 juillet, le mégahertz par population – une mesure de l’industrie des télécommunications – était évalué à 2,26 $, soit 2 fois plus que ce qui avait été observé aux États-Unis plus tôt cette année pour des fréquences de 3800 MHz et jusqu’à 10 fois plus par rapport à ce qui avait été observé précédemment.

Un drôle de moment

Le document pointe également du doigt deux décisions du CRTC qui sont venues brouiller les cartes puisqu’elles sont survenues après le 6 avril dernier – l’échéance pour la réception des demandes de participation aux enchères.

La première, le 15 avril, concernait l’obligation, pour les exploitants de réseaux mobiles virtuels (ERMV), de détenir certaines fréquences ou leur propre infrastructure afin d’avoir le droit d’emprunter l’infrastructure d’autres fournisseurs afin d’opérer à plus grande échelle.

« Cet aspect de la décision […] a sans doute fait grimper l’attractivité des licences pour les participants aux enchères, ce qui leur procurait un avantage comparativement aux autres qui n’avaient pas manifesté leur candidature et qui espéraient une décision en faveur du modèle plus traditionnel des ERVM », souligne LYA.

Par ailleurs, indique le document, le changement de cap du CRTC, qui a annulé, le 27 mai dernier, l’imposante baisse des tarifs de gros du côté de l’internet résidentiel – une décision qui avait été annoncée en 2019 – contribuera à décourager de plus petits fournisseurs d’envisager une éventuelle incursion dans la téléphonie mobile. Cela a notamment été le cas de TekSavvy.

Néanmoins, les critères fixés par l’organisme réglementaire pour les ERMV pourraient permettre à des acteurs comme Vidéotron, qui occupe une position dominante au Québec, d’étendre leur empreinte. Il y a quelques semaines, la filiale de Québecor a mis la main sur du spectre dans le sud de l’Ontario, au Manitoba ainsi qu’en Colombie-Britannique.

Cogeco, qui fait miroiter une percée dans la téléphonie mobile depuis plusieurs années, avait également mis la main sur des licences au Québec ainsi que dans le sud de l’Ontario. On ignore toujours les intentions de l’entreprise québécoise.

Plus d’acteurs ?

Ottawa mise sur l’arrivée de nouveaux venus pour concurrencer BCE, Rogers et Telus, les trois principaux acteurs du secteur des télécommunications à l’échelle nationale. Des fournisseurs régionaux et indépendants ont raflé la moitié des 1495 licences lors des plus récentes enchères, qui se sont déroulées du 15 juin au 23 juillet.

Freedom Mobile, qui appartient à Shaw Communications, s’était retirée du processus à la dernière minute en raison de son projet de regroupement avec Rogers, ce qui a ouvert la porte à d’autres entreprises, reconnaît LYA. Freedom constituait le quatrième concurrent en importance à l’échelle nationale, aux yeux des observateurs de l’industrie.

« D’autres joueurs, comme Vidéotron, Cogeco et Xplornet, sont maintenant positionnés pour combler le vide dans des domaines où ils n’ont jusqu’à présent pas offert de service mobile », fait valoir l’analyse.

Reste à savoir si les importantes sommes déboursées pour acquérir ces licences pourraient freiner les ambitions de certaines entreprises, ce qui nuirait à un accroissement de la concurrence.