C’est plus du double que ce qui avait été estimé par les analystes : les dernières enchères de fréquences sans fil ont permis au gouvernement fédéral de récolter 8,9 milliards. Les résultats incitent Vidéotron à préparer une expansion hors du Québec dans la téléphonie mobile et semblent rapprocher Cogeco d’une percée dans ce secteur.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Les fréquences du spectre des 3500 mégahertz sont considérées comme névralgiques dans le déploiement des réseaux de cinquième génération (5G) puisqu’elles peuvent offrir des téléchargements plus rapides. Les résultats du processus qui s’est échelonné du 15 au 25 juillet ont été dévoilés, jeudi, après la clôture de la Bourse de Toronto.

« C’est probablement la somme le plus importante dépensée pour des enchères de spectre sans fil », a expliqué à La Presse une source de l’industrie du secteur des télécommunications qui n’était pas autorisée à s’exprimer publiquement.

Rogers Communications, BCE et Telus ont offert les sommes les plus importantes. Les trois principaux acteurs de l’industrie verseront respectivement 3,33 milliards (325 licences), 2,07 milliards (271 licences) et 1,95 milliard (142 licences).

De son côté, Cogeco offre 295 millions pour 38 licences réparties au Québec ainsi que dans le sud de l’Ontario. Pour Vidéotron, l’investissement atteint 830 millions (294 licences) et la moitié de l’investissement sert à acquérir des licences dans le sud de l’Ontario, au Manitoba, en Alberta et en Colombie-Britannique.

« L’un des objectifs de ces enchères était de permettre aux petits fournisseurs et aux fournisseurs régionaux d’acquérir une proportion beaucoup plus importante de spectres, a souligné le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, dans un communiqué. Cet objectif a été atteint. »

Et maintenant ?

Il sera maintenant intéressant de voir ce que Cogeco et Vidéotron feront de ces licences, d’autant que d’autres enchères pour du spectre sont déjà prévues au cours des deux prochaines années.

« Ces investissements permettent à Cogeco de développer davantage ses plans en vue d’une entrée dans le marché des services sans fil mobiles d’une manière financièrement disciplinée », a souligné son président et chef de la direction, Philippe Jetté, dans un communiqué.

L’entreprise québécoise avait accueilli favorablement la politique réglementaire sur les services sans fil mobiles rendue au printemps dernier. La décision du CRTC permet aux acteurs régionaux d’avoir accès aux réseaux sans fil des principaux fournisseurs canadiens.

C’est une chose d’avoir des licences, mais c’en est une autre de construire un réseau. Tant qu’ils ne s’assoient pas pour négocier des ententes d’accès avec les principaux acteurs, cela ne veut rien dire.

Une source de l'industrie

Cette même source s’est également demandé si l’acquisition du câblodistributeur américain WideOpenWest pour 1,1 milliard US annoncée en juin dernier pourrait signaler que Cogeco a d’autres priorités.

L’entreprise québécoise pourrait également s’inspirer de Vidéotron, qui, dans le passé, a acquis des licences de spectre – un bien public – pour ensuite les revendre à profit.

Les choses semblent différentes cette fois-ci pour Québecor. Dans un communiqué, le président et chef de la direction du conglomérat, Pierre Karl Péladeau, a évoqué des « projets d’envergure » à venir au Québec et a dit projeter de déployer son « service de téléphonie mobile dans certaines régions rurales et urbaines du reste du Canada ». D’importants investissements pourraient être à prévoir afin de bâtir le réseau.

M. Péladeau devrait donner une idée de ces intentions ce vendredi, dans le cadre d’une conférence téléphonique avec les analystes financiers. Au 31 mars, Vidéotron comptait 1,5 million de lignes actives de téléphonie mobile.

Parallèlement, Québecor a manifesté son intérêt à l’endroit de Freedom Mobile – le quatrième concurrent dans certains marchés à l’extérieur du Québec – si les autorités réglementaires exigeaient la cession de cet actif dans le cadre du mariage proposé entre Rogers et Shaw.

« Nous comptons maintenant sur la mise en place d’un contexte favorable à propulser et à maintenir la saine concurrence », a souligné M. Péladeau

Répercussions potentielles

Les 8,9 milliards obtenus par Ottawa sont largement supérieurs aux prévisions des analystes financiers, qui tablaient sur une somme oscillant entre 3 milliards et 4 milliards. Le résultat est également largement supérieur aux 5,27 milliards récoltés lors des enchères de la bande 700 MHz.

Certains craignent que les prix payés ne se reflètent sur le niveau d’endettement de certaines entreprises, ce qui pourrait ainsi limiter leur capacité à continuer d’investir dans leurs réseaux.

« Nous croyons qu’il est difficile de justifier des dépenses aussi élevées pour le réseau 5G dans un contexte où les revenus sont limités même aux États-Unis, qui disposent d’une avance de deux ans sur le Canada », avait estimé l’analyste Jeff Fan, de la Banque Scotia, dans une récente note, lorsque la somme de 8 milliards avait été éventée par le Globe and Mail.

De plus, si les entreprises de télécommunication refilent une partie de cette facture aux consommateurs, cela irait à l’encontre de la volonté du gouvernement Trudeau de faire décroître le prix des forfaits de téléphonie mobile.

Au total, 1495 des 1504 licences offertes ont été accordées à 15 entreprises dans le cadre des enchères.