Le premier chemin de fer détenu et géré par des membres des Premières Nations, Transport ferroviaire Tshiuetin, bénéficiera de financement de la part la Banque canadienne d’infrastructure (BCI), ainsi que des gouvernements canadien et québécois au cours des prochaines années, a-t-on dévoilé jeudi.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

La BCI investira un prêt à long terme de 50 millions de dollars dans l’entreprise, dans le cadre de l’Initiative d’infrastructure pour les communautés autochtones (IICA). Québec injectera pour sa part 5 millions de dollars sous forme de prêt, en lien avec son Plan d’action nordique 2020-2023.

La compagnie de transport ferroviaire, qui ne manque pas de pain sur la planche, s’est réjouie de cette annonce. « Il reste beaucoup à faire, [il faut] planifier et organiser tous les projets », a évoqué la directrice générale de l’entreprise, Tanis Peterson, en entrevue avec La Presse.

Transports Canada a également renouvelé son engagement envers la compagnie, en continuant de lui accorder des subventions. Le montant accordé à Tshiuetin augmentera « d’au moins 12 millions de dollars par année », peut-on lire dans le communiqué officiel.

Un service essentiel

L’entreprise de transport ferroviaire possède depuis 2005 un chemin de fer régional de 217 kilomètres et un service consacré aux passagers de 574 kilomètres, entre Schefferville et Sept-Îles. Il permet de garantir la mobilité de plusieurs nations autochtones de la région du Labrador et du nord-est du Québec.

Ainsi, la nation innue Takuaikan Uashat Mak Mani-utenam, la nation innue Matimekush-Lac John et la nation naskapie de Kawawachikamach bénéficient des trains de Tshiuetin, qui assure le transport de biens et de personnes.

Le chemin de fer est « essentiel » pour ces communautés, a déclaré Tanis Peterson. De la nourriture aux médicaments ou aux machines à laver, tout est transporté par train dans la région, a-t-elle expliqué. Le transport aérien vient s’ajouter à l’usage du train.

« Tshiuetin », un mot innu, signifie d’ailleurs « vent du Nord ». Un terme qui est encore plus à propos aujourd’hui, selon la directrice générale de l’entreprise. « On est comme le vent du Nord, c’est propre, c’est fort, puis on s’en va en avant », a illustré Mme Peterson.

« Transport ferroviaire Tshiuetin est un modèle en matière de prise responsable du développement économique par le milieu. Il est également un bel exemple de collaboration entre les communautés innues et naskapies du territoire nordique », a affirmé le ministre responsable des Affaires autochtones au Québec, Ian Lafrenière, par voie de communiqué.

Les investissements d’Ottawa et de Québec serviront à la modernisation des infrastructures de Tshiuetin, dont les voies ferrées, les gares et les camps pour les travailleurs.

L’entreprise prévoit d’acheter de nouveaux trains passagers. Les convois utiliseront moins de carburant et permettront la mise en place d’un réseau internet accessible aux utilisateurs du train.

« Notre train passager et l’équipement sont proches de finir leur vie », a expliqué Tanis Peterson, en disant que la modernisation de l’entreprise est la bienvenue.

La compagnie souhaite ainsi participer au développement économique de la région et créer des emplois. Les Autochtones auront toujours accès à leurs terrains de chasse traditionnels, a-t-on précisé.

« Les communautés autochtones du Canada sont confrontées à un manque d’infrastructures et ce financement substantiel est l’exemple parfait de la façon dont la Banque de l’infrastructure du Canada peut travailler en partenariat avec les communautés autochtones pour leur fournir des infrastructures sûres et améliorer leur qualité de vie », a évoqué le ministre des Services aux Autochtones au fédéral, Marc Miller, dans un communiqué.