Québec solidaire juge « douteuse » la « proximité » entre Investissement Québec et la Compagnie électrique Lion, à qui la société d’État a discrètement accordé un prêt de 20 millions en septembre 2020.

Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

La Presse a expliqué le 17 juin comment Investissement Québec (IQ) avait ensuite converti cette dette en actions dans l’entreprise lors de son entrée en Bourse en mai 2021. Elle détient maintenant 1 % de Lion, un placement d’environ 45 millions de dollars au cours actuel de l’action.

Or, le PDG d’IQ, Guy LeBlanc, était actionnaire et administrateur de Lion jusqu’à sa nomination comme patron de la société d’État, en avril 2019. « C’est un peu douteux, ce n’est pas le bon degré de séparation », dit en entrevue Vincent Marissal, porte-parole de Québec solidaire en matière d’économie.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Guy LeBlanc, PDG d'Investissement Québec

Retrait des discussions

IQ a déclaré à La Presse que le patron prenait des précautions lorsqu’il était question du constructeur d’autobus et de camions électriques. « Bien qu’il n’ait pas à le faire, pour éviter toute perception de conflit d’intérêts, M. LeBlanc s’exclut de toutes discussions concernant des décisions d’investissement visant la Compagnie électrique Lion », a écrit la porte-parole Isabelle Fontaine dans un courriel.

Cette réponse fait sourciller Vincent Marissal. Il souligne que Guy LeBlanc se retire aussi des discussions lorsqu’il est question de Marché Goodfood, autre entreprise dans laquelle IQ et lui ont tous les deux investi. « Ça commence à être compliqué de faire sa job ! », dit-il.

Le député de Rosemont craint que ces contraintes ne handicapent le PDG dans son travail.

Il manque une bonne game, comme on dit… Lion, c’est un gros morceau dans la stratégie du gouvernement pour l’électrification. Ça veut dire qu’il s’exclut des discussions pour des dizaines de millions de dollars, voire plus !

Vincent Marissal, porte-parole de Québec solidaire en matière d’économie

Dans ce contexte, Vincent Marissal se questionne sur la reddition de comptes du PDG. « Si ça vire mal avec Lion, il va dire : “Je m’en suis pas mêlé parce que j’ai eu des actions de cette entreprise-là” ? C’est quand même assez bizarre… »

Le ministre défend le PDG

Le cabinet du ministre de l’Économie, Eric Girard, responsable d’IQ, défend toutefois le PDG de la société d’État.

« Guy LeBlanc a un parcours professionnel et une connaissance du milieu des affaires québécois qui font de lui le candidat idéal pour mener la mission d’IQ, soit le développement économique du Québec, dit-il dans un courriel transmis à La Presse. Tel que mentionné dans l’article, pour éviter toute perception de conflit d’intérêts, M. LeBlanc s’exclut de toutes discussions concernant des décisions d’investissement visant la Compagnie électrique Lion et Marché Goodfood. Depuis deux semaines, j’ai l’occasion de travailler avec lui directement et j’apprécie énormément ses compétences professionnelles. »