Le Québec dépend déjà beaucoup de l’électricité pour combler ses besoins en énergie. Les efforts pour réduire notre consommation d’énergies fossiles accroîtront encore davantage cette dépendance. Faut-il s’en inquiéter ?

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Oui, estime Jean-Thomas Bernard, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste en énergie, dans une lettre publiée jeudi dans la section Débats. « La transition énergétique expose un risque qu’on néglige, celui de la sécurité des réseaux de transport », explique-t-il dans un entretien avec La Presse.

Les énergies renouvelables qui remplaceront peu à peu les énergies fossiles, que ce soit le solaire ou l’éolien, sont transformées en électricité et transportées sur de longues distances avant d’être distribuées aux consommateurs.

La pièce maîtresse de ces opérations est le réseau de transport.

Jean-Thomas Bernard, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste en énergie

Au Québec, le réseau de transport de l’électricité a démontré sa fiabilité, mais il n’est pas à toute épreuve. Il est vulnérable aux tempêtes et aux évènements climatiques exceptionnels. La tempête qui a frappé le Texas l’hiver dernier a rendu son réseau de transport inopérant pendant des jours, illustre le professeur.

Quand le verglas a abattu les pylônes électriques, en 1998, et laissé une partie du Québec sans électricité et sans chauffage, les secours sont venus des génératrices et des camions d’Hydro-Québec fonctionnant au diesel et à l’essence. « La même tempête aurait fait plus mal si on n’avait pas eu la possibilité de recourir à l’énergie fossile », estime Jean-Thomas Bernard.

Les réseaux de transport sont aussi vulnérables aux cyberattaques, un risque auquel on pense moins, mais qui s’est matérialisé le mois dernier avec la paralysie de l’oléoduc Colonial, aux États-Unis, par des criminels qui ont exigé une rançon.

« La substitution des produits pétroliers et aussi du gaz naturel par de l’électricité provenant d’énergies renouvelables dispersées sur le territoire va accroître les coûts économiques et humains découlant des défaillances du réseau de transport de l’électricité », résume Jean-Thomas Bernard.

Le recours au stockage et aux microréseaux de distribution d’électricité est une façon d’atténuer les risques liés au réseau de transport, mais les technologies sont en évolution et encore loin de pouvoir répondre aux besoins. « Les installations de stockage auront peut-être un jour assez de capacité [pour prendre le relais d’un réseau en panne], mais on est encore loin de ça », dit-il.

C’est la même chose avec les biocarburants, qui se développent mais qui sont loin de pouvoir se substituer aux énergies fossiles, tant en matière de quantité que de flexibilité.

La sécurité du réseau de transport de l’électricité est entre les mains des gouvernements, au Québec comme dans le monde, le plus souvent, parce qu’il est considéré comme un bien public, note le professeur.

C’est un autre sujet de préoccupation, estime-t-il. « Le maintien de cette sécurité repose sur des investissements qui s’appuient sur des analyses de long terme. Malheureusement, les cycles électoraux se prêtent mal aux analyses de long terme des besoins en biens publics et aux décisions qui en découlent. »