Le retour au travail dans les tours du centre-ville devient chaque jour un peu plus concret, à la fois pour les patrons et les employés. Mais la recette gagnante n’a pas encore été écrite.

Marie-Eve Fournier
Marie-Eve Fournier La Presse

Elle est en cours d’élaboration, et c’est pas mal plus complexe qu’il n’y paraît. La liste des ingrédients est longue, et la méthode n’a jamais été testée auparavant.

Rappelez-vous les débuts du télétravail : c’était improvisé dans l’urgence de la propagation rapide d’un virus inconnu. Cela nous a rendus, forcément, conciliants.

On a tous découvert puis apprivoisé de nouveaux outils informatiques. Même les milieux de travail les plus fermés au travail à la maison ont fini par se rendre à l’évidence que ça pouvait fonctionner. De toute façon, il le fallait bien !

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le taux d’inoccupation des bureaux « demeure relativement élevé au centre-ville » de Montréal, note le rapport de l’Institut de développement urbain (IDU) et de Montréal centre-ville.

Le temps est maintenant venu d’envisager le retour dans les tours. Cette fois, les entreprises ont le luxe de pouvoir y réfléchir pour bien faire les choses. Elles doivent parer à toutes les éventualités. L’improvisation sera moins bien accueillie.

Mercredi, l’Institut de développement urbain (IDU) et Montréal centre-ville ont dévoilé leur troisième rapport sur l’activité socioéconomique au centre-ville de Montréal. On y apprend que, pour le moment, « peu d’organisations » ont élaboré un plan de retour. En fait, 62 % des télétravailleurs disent qu’aucune décision à ce sujet ne leur a été communiquée par leur employeur.

Comme je l’écrivais, les entreprises sont encore en train de se demander quel sera le bon équilibre entre le télétravail et la présence au bureau. Une trop grande pression sur les employés pour qu’ils reprennent leur routine d’avant la pandémie ne serait pas judicieuse.

Pour beaucoup, les avantages du travail à la maison sont trop grands. À tel point que certains sont prêts à dire « bye bye boss » pour éviter de se taper les bouchons de circulation sur les ponts deux fois par jour.

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Selon L’état du centre-ville de Montréal, 76 % des personnes interrogées au premier trimestre 2021 souhaitent travailler de la maison « plus de la moitié de la semaine » quand les mesures sanitaires auront été levées et que la majorité des personnes auront été vaccinées. Il s’agit d’un bond de 9 points par rapport au quatrième trimestre 2020.

Consultez L’état du centre-ville de Montréal

Le télétravail gagne en popularité. Quel casse-tête pour les entreprises !

Plusieurs scénarios sont possibles. Chose certaine, les employeurs devront démontrer qu’il y a une valeur ajoutée à se présenter au bureau, insiste Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

Ça ne sert à rien de se déplacer au centre-ville si c’est pour faire exactement la même chose qu’à la maison, seul devant son ordinateur. « C’est une occasion de revoir l’organisation du travail », plaide Mme Poirier.

J’ai discuté avec Jean-Marc Fournier, grand patron de l’IDU. Il est convaincu que le modèle hybride télétravail et travail au bureau est là pour de bon. Que ce n’est pas seulement un souhait qui s’avèrera irréaliste ou ingérable et qu’on reviendra éventuellement à nos bonnes vieilles habitudes.

À son avis, le modèle hybride au sein d’une même journée pourrait bien faire des adeptes, grâce aux nouvelles technologies. Pourquoi ne pas travailler le matin à la maison en attendant la fin des bouchons de circulation et se rendre au bureau par la suite ?

« C’est le meilleur de tous les mondes, on a des zones tampons (pour déconnecter), on n’est pas pris dans le trafic, on donne le meilleur de nous-même, on est très productif le temps qu’on est au bureau. Je pense que ça, c’est une formule qui risque d’être gagnante. »

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L’amour du télétravail devra être géré par les entreprises, mais aussi par les commerçants et les propriétaires de locaux pour bureaux.

Sans surprise, une proportion « significative » de locataires de bureaux cherche à réduire les superficies louées lors des renouvellements de baux pour diminuer les dépenses.

C’est sans compter que le taux d’inoccupation des bureaux « demeure relativement élevé au centre-ville », note le rapport. « Toutes catégories confondues, 13 % des bureaux étaient à louer ou offerts en sous-location au premier trimestre 2021 ». Le taux était de 9,4 % un an plus tôt.

En ce qui concerne les commerces, la situation est difficile. Mais l’IDU voit du positif : la rue Sainte-Catherine fait mieux que Times Square, à New York. Au centre-ville de Montréal, 24 % des commerces sont fermés temporairement ou de façon permanente. Cela se compare à un taux d’inoccupation des locaux commerciaux de 28 % sur la 5e Avenue, 40 % sur Madison Avenue et 31 % à Times Square.

Cela n’aide en rien nos entreprises et nos détaillants. Mais ça console un peu dans le contexte où il est loin d’être assuré que les anciennes habitudes de consommation reviendront.

Imaginez, pas moins de 44 % des travailleurs « s’attendent à fréquenter moins qu’avant les commerces, restaurants et établissements culturels après la crise ». Quand ça fait 18 ou 20 mois que l’on consomme en ligne et à proximité de son domicile, certaines habitudes se prennent…

À Montréal centre-ville, le directeur général Glenn Castanheira convient que ce sera « un défi de repartir le cycle de consommation au centre-ville », particulièrement dans les centres commerciaux. Mais puisque les restaurants sont bondés dans les autres villes déconfinées sur la planète comme Londres, San Francisco et New York, il est optimiste pour la relance. « Ça prend quatre semaines avoir une réservation ! »

D’ailleurs, avez-vous déjà réservé votre place sur une terrasse en juin ?