De nombreux travailleurs canadiens ont l’impression de payer une taxe COVID avec la hausse des heures supplémentaires qu’ils subissent depuis un an, révèle un sondage Angus Reid-ADP Canada. Cette impression est encore plus marquée chez les télétravailleurs depuis qu’ils sont à la maison : la moitié affirme consacrer plus de temps à la vie professionnelle.

Publié le 12 mai 2021
Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

Depuis un an, le nombre de télétravailleurs qui font des heures supplémentaires a doublé, indique le sondage d’ADP Canada. Alors qu’en avril 2020, 21 % des répondants affirmaient travailler plus, ils sont maintenant 44 %, tandis que le tiers des travailleurs interrogés disent déborder de leur horaire régulier de 1 à 8 heures et plus par semaine.

Le sondage a été réalisé en ligne auprès de 1501 travailleurs canadiens, les 14 et 15 avril 2021, parmi les membres du Forum Angus Reid.

Ces résultats confirment les données recueillies par Statistique Canada et publiées en avril, de même que celles de l’étude réalisée auprès de 3006 personnes en mars par Léger et Concilivi, une initiative du Réseau pour un Québec Famille, dont la mission est de promouvoir l’implantation de mesures de conciliation famille-travail adaptées à la nouvelle réalité du travail.

Selon Statistique Canada, 35 % de tous les nouveaux télétravailleurs ont déclaré bosser un plus grand nombre d’heures par jour et les gestionnaires, dans de plus grandes proportions, soit à 51 %.

De son côté, l’étude de Concilivi, qui comprend tous les types de travailleurs, révèle que 53 % des répondants réalisent des tâches professionnelles en dehors des horaires de travail habituels plusieurs fois par mois, chaque semaine et même chaque jour.

Stress et productivité en hausse

Malgré des heures de travail plus longues, les télétravailleurs se sentent plus productifs, notent une augmentation de la qualité de leur travail, mais sont aussi plus stressés, indique le sondage d’ADP Canada. Environ 42 % des répondants affirment être plus productifs (20 % en 2020), 37 % font un meilleur boulot (19 % en 2020) et 41 % témoignent d’un niveau de stress en hausse (34 % en 2020).

« La question qu’il faut absolument se poser est : sera-t-il possible de soutenir ça à long terme ? », indique au téléphone Giorgiana Munteau, conseillère RH séniore d’ADP Canada, une entreprise qui offre des services de traitement de la paie, de recrutement et de ressources humaines. « La frontière est floue entre le travail et la vie personnelle. Cependant, 46 % des employés canadiens disent que leur employeur a développé des initiatives pour soutenir la santé mentale et le bien-être au travail pendant cette période. Bien, mais ces employeurs doivent aussi encourager les employés à prendre des journées de vacances, des pauses régulières, et à se déconnecter. Ils doivent dire clairement aux employés qu’ils ne sont pas obligés de répondre à des courriels après les heures de travail. »

Par ailleurs, 69 % des travailleurs affirment que leur employeur n’a mis en place aucune initiative pour aider à lutter contre la fatigue engendrée par les plateformes de vidéoconférence.

La flexibilité à privilégier

Au Québec, 44 % des répondants affirment que leur employeur permet de travailler selon un horaire adapté qui tient compte des responsabilités personnelles. Environ 14 % ajoutent que leur employeur pourrait diminuer leur charge de travail afin qu’ils puissent prendre soin de leurs proches.

Pour ce qui est de l’étude de Concilivi, 89 % des personnes interrogées indiquent que l’ouverture de leur employeur à l’égard de la conciliation famille-travail a un impact important sur leur motivation au travail, un résultat en hausse de quatre points par rapport à un sondage similaire réalisé en mai 2020, soit au moment de la première vague de la pandémie.