Alors que ses membres manifestaient leur appui devant son siège social, le Syndicat des débardeurs du port de Montréal a annoncé en conférence de presse jeudi après-midi qu’il contesterait en justice la validité de la loi spéciale qui impose le retour au travail aussitôt qu’elle serait définitivement adoptée.

Marc Tison
Marc Tison La Presse

« C’est un projet de loi qu’on considère anticonstitutionnel et le gouvernement le sait très bien, puisqu’il y a des arrêts de la Cour suprême qui ont constitutionnalisé le droit de grève », a formulé le conseiller syndical Michel Murray.

Le syndicat a également déposé lundi une plainte auprès de l’Organisation mondiale du travail, « puisque le Canada est signataire de deux traités internationaux à l’OIT en ce qui a trait au respect du droit de grève », a-t-il ajouté.

Le syndicat se défend d’être la cause des coûts du conflit de travail, rappelant qu’en déposant son préavis de grève, le 23 avril, il a assuré qu’il reprendrait le travail aussitôt que l’employeur suspendrait les mesures mises en place depuis le début avril.

L’Association des employeurs maritimes (AEM) avait cessé le 13 avril de payer les heures non travaillées, puis avait annoncé qu’elle morcellerait dès le 26 avril l’horaire en continu pour le remplacer par un horaire à quarts, entraînant la riposte d’une grève générale illimitée.

« Nous n’avons toujours pas de réponse de la partie patronale sur la levée de ces mesures », a déclaré Michel Murray.

« Comment d’un côté peut-on nous dire qu’à chaque jour qui passe, ça coûte 25 millions, alors qu’il n’y a absolument personne qui a soulevé le silence de l’employeur pendant six jours ? »

Le syndicat s’inquiète également des conditions d’un retour au travail forcé.

Michel Murray a informé que dans une lettre au président de l’AEM Martin Tessier, le syndicat a demandé la confirmation qu’aussitôt l’entrée en vigueur de la loi, les mesures prises en avril seraient retirées.

« On se fait répondre : je te donnerai ma réponse après l’adoption de la loi spéciale », a martelé le conseiller syndical.

Il a enjoint la ministre du Travail Filomena Tassi et le premier ministre Justin Trudeau de garantir que le retour au travail imposé par la loi s’effectuera dans les conditions qui prévalaient le 9 avril. « J’espère qu’on va répondre avant l’adoption du projet de loi », a-t-il lancé.

Le syndicat témoignera vendredi à 13 h 15 devant le Sénat. Sa présentation de cinq minutes sera suivie d’une période de questions d’une heure. Ce sera ensuite au tour de l’employeur de présenter ses arguments.

La réponse de l’AEM

Dans une déclaration rendue en milieu d’après-midi, l’AEM a répondu qu’advenant une entente négociée avec le syndicat ou l’entrée en vigueur d’une loi spéciale, elle « rétablira les dispositions de la sécurité d’emploi », c’est-à-dire le paiement des heures non travaillées.

Cependant, l’employeur n’entend pas lever l’horaire à quarts, déclarant qu’il « continuera de respecter les dispositions de la convention collective ».

L’AEM justifie le maintien de cette mesure, tout comme son silence de six jours, par la baisse de volume au Port de Montréal. « Cette baisse de volume marquée, contrairement aux augmentations observées partout en Amérique du Nord, est la conséquence directe de l’incertitude causée par l’anxiété liée à la situation actuelle des relations de travail au port », a-t-elle fait valoir.

Les 1150 débardeurs du port de Montréal sont en grève depuis le 26 avril.