L’association Biosimilaires Canada revient à la charge avec un sondage CROP pour convaincre le gouvernement que ses médicaments pourraient faire économiser des milliers de dollars à l’État et que la majorité des Québécois sont prêts à les accepter.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Un nouveau sondage CROP, réalisé à la demande de Biosimilaires Canada, une division de l’Association canadienne du médicament générique (ACMG), révèle que 85 % des Québécois seraient d’accord pour que le gouvernement remplace les médicaments biologiques par des médicaments biosimilaires.

« Le sondage montre clairement que les gens comprennent les biosimilaires et sont prêts à la transition pour générer des économies sur des médicaments qui sont déjà approuvés par Santé Canada et qui sont démontrés équivalents », a soutienu Michel Robidoux, PDG de Sandoz Canada et président du conseil d’administration de Biosimilaires Canada, lors d’une entrevue en vidéoconférence avec La Presse.

Qu’est-ce qu’un biosimilaire ? Lorsque le brevet d’un médicament biologique arrive à échéance, d’autres fabricants que celui qui détient le brevet peuvent le produire. Ces médicaments sont appelés biosimilaires.

« Comme le gouvernement est actuellement en train de considérer une politique de transition, nos résultats démontrent qu’il a l’appui de la population s’il décide de la mettre en place. C’est une bonne nouvelle pour nous et une nouvelle utile pour le gouvernement », a affirmé lors du même entretien Jim Keon, président de l’Association canadienne du médicament générique et de Biosimilaires Canada.

Le sondage indique aussi que 70 % des répondants croient que la province devrait utiliser les économies générées par le changement de médicaments biologiques par des médicaments biosimilaires en les réinvestissant en santé.

L’an dernier, un rapport d’Aviseo Conseil estimait que la transition supervisée des patients traités par l’un de cinq médicaments biologiques (Remicade, Enbrel, Lantus, Rituxan et Humira) vers un biosimilaire permettrait au gouvernement d’économiser 208 millions sur trois ans. En ajoutant les autres brevets de médicaments biologiques qui viendront à échéance dans les prochaines années, les économies grimpent entre 322 et 437 millions sur trois ans.

Joint par courriel, le ministère de la Santé et des Services sociaux a indiqué que « les travaux étant en cours, il est prématuré de s’avancer pour le moment, mais plusieurs options sont présentement en cours d’évaluation. Le Ministère s’informe de la progression des initiatives des autres provinces à ce sujet (Alberta et Colombie-Britannique), mais aussi d’autres juridictions pour éventuellement présenter des mesures dans ce dossier. Nous continuons de recueillir de l’information auprès des patients et des cliniciens à ce sujet ».

Le ministère de la Santé explique aussi que plusieurs biosimilaires sont déjà utilisés lors de l’initiation de traitements pour les patients assurés par la RAMQ. Par exemple, depuis 2019, dans les centres de cancérologie, les nouveaux patients qui commencent un traitement reçoivent obligatoirement un biosimilaire pour le bevacizumab et, depuis 2020, pour le trastuzumab et le rituximab.

Miser sur la production locale

Au début de la pandémie, on se souvient que le Canada et le Québec étaient confrontés à une possible pénurie de médicaments sur ordonnance. CROP a donc demandé aux répondants si les gouvernements fédéral et québécois devaient investir davantage pour accroître la production locale de médicaments sur ordonnance.

Presque tous les répondants, soit 94 %, sont d’accord avec cette idée et 94 % sont aussi d’avis que le gouvernement devrait constituer des stocks de médicaments essentiels pour répondre à la COVID-19 et à d’autres éventuelles urgences sanitaires.

« On voit un protectionnisme pharmaceutique un peu dans certains pays. On a vu ça en retenant des matières premières, les PPE [équipements de protection individuelle] aussi, ça a aussi été une crainte. Alors je pense que ça a sensibilisé les gens à une certaine vulnérabilité », relate Jean-Guy Goulet, chef de l’exploitation mondiale de Pharmascience, entreprise québécoise spécialisée dans les médicaments génériques qui est présente dans plus de 60 pays.

Il rappelle que les gouvernements ont mis l’accent sur les médicaments pour traiter la COVID-19, mais qu’il ne faut surtout pas négliger ceux pour les maladies chroniques (diabète, hypertension), car s’il y avait une rupture de stock, des centaines de personnes se retrouveraient hospitalisées.

« Ce qu’on veut, c’est qu’on mette de l’avant des stratégies pour supporter cette production locale là », dit-il.

Les entreprises pharmaceutiques d’ici ne peuvent pas assumer seules financièrement le stockage de matières premières qui serviraient à la production locale.

Quelle est la différence entre un médicament biosimilaire et un médicament générique ? Les médicaments génériques contiennent les mêmes ingrédients médicinaux que les médicaments originaux parce que ce sont de petites molécules chimiquement synthétisées. Les médicaments biologiques, eux, sont fabriqués à partir de cellules vivantes qui sont variables. C’est pour cette raison que les médicaments biologiques biosimilaires seront très semblables aux médicaments originaux, mais sans être identiques.

Aucune entreprise québécoise ne fabrique les médicaments biologiques d’origine ni les biosimilaires. Toutefois, Sandoz Canada distribue des biosimilaires au Québec, tout comme Pfizer et Merck, qui ont des sièges sociaux au Québec.