Tout se met en place pour des élections à l’automne.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Sans surprise, le NPD ne renversera pas le gouvernement libéral minoritaire. Son chef Jagmeet Singh a décidé d’être l’adulte dans la pièce. De toute façon, il ne pouvait pas provoquer des élections printanières la même journée où il disait que la pandémie en Ontario était assez grave pour invoquer la Loi fédérale sur les mesures d’urgence.

De toute façon, plusieurs mesures du budget plairont aux néo-démocrates, et aussi à leur électorat.

PHOTO PATRICK DOYLE, REUTERS

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Tout s’organise pour la distribution de chèques cet été, pour que les gens soient aussi heureux que possible en septembre, au cas où, qui sait, des élections devaient survenir…

Fidèle à son habitude, le NPD n’avait pas posé de conditions fermes en échange de son appui. Quelques annonces répondent à ses demandes. Par exemple, Ottawa prolonge les prestations d’urgence pour les étudiants, les proches aidants et les travailleurs non admissibles à l’assurance-emploi, en plus des prestations de maladie de l’assurance-emploi, qui passeront de 15 à 26 semaines.

Les libéraux réalisent aussi leur promesse de taxer les produits de luxe – auto et avion de plus de 100 000 $, et bateau de plus de 250 000 $. Et de nouvelles sommes sont aussi prévues en logement.

Le NPD aurait voulu un impôt spécial sur la fortune ou la fin de la déduction fiscale pour les options d’achat – ce que les libéraux promettent depuis longtemps, sans agir.

M. Singh hurlera en lisant certains passages, comme celui sur un régime pancanadien d’assurance-médicaments. Les libéraux en parlent depuis plus de 20 ans, sans que rien ne bouge. Leur engagement se limite à « travailler avec les provinces », même si elles n’en veulent pas. Qu’elles se rassurent : ce n’est pas pour demain…

Par contre, une autre vieille promesse est sur le point de se concrétiser. Le réseau national de garderies vient d’être mis sur la voie rapide. Le gouvernement Martin voulait la mettre de l’avant avant d’être défait en 2006.

Cette fois semble la bonne. Même Bay Street est désormais en faveur de cette mesure inspirée par le modèle créé par le gouvernement péquiste à la fin des années 1990.

Ce sera particulièrement populaire dans la région de Toronto, où la facture médiane pour les parents s’élève à 18 900 $ annuellement.

Dans l’ensemble, M. Singh pourra donc permettre sans gêne l’adoption du budget.

D’ailleurs, malgré le chamaillage devant les caméras, la collaboration entre les deux partis est très bonne depuis le début de la pandémie, m’indique-t-on.

Grâce à eux, on évite une dangereuse campagne électorale ce printemps en pleine troisième vague de la COVID-19.

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L’automne dernier, Mme Freeland promettait un plan de relance de 70 à 100 milliards. Il sera finalement de 101 milliards. Cela fait beaucoup d’annonces, et les libéraux se feront un plaisir de les détailler une à une dans les prochaines semaines.

Les aînés de 75 ans et plus recevront un chèque de 500 $ en août, grâce à une bonification de la Sécurité de la vieillesse. Puis ils se feront promettre une hausse annuelle de 766 $ dans un projet de loi qui pourrait bien devenir un engagement pour la prochaine campagne.

Les partis de l’opposition trouvent ce calendrier électoraliste, mais ils hésiteront à le critiquer trop fort. Trop de Canadiens – surtout des femmes, des jeunes et des gens à faible revenu – ont été happés par la pandémie. Pour plusieurs, ces mesures relevaient de la nécessité. Et d’autres, qui en ont profité pour épargner, tiennent à cette aide.

En 2015, Justin Trudeau promettait un Canada plus souriant et juste. Ce slogan vieillissait mal, surtout après les trois enquêtes du commissaire à l’éthique contre lui. Ce marketing politique a mené à des décisions ridicules, comme la création d’un poste de ministre responsable de la Prospérité de la classe moyenne. Mais la COVID-19 permet aux libéraux de vendre à nouveau leur empathie.

Les conservateurs craignent que les dépenses plombent les finances publiques. Pour y répondre, les libéraux – avec la caution de leur nouveau sous-ministre aux Finances, Michael Sabia – se donnent enfin une cible. En 2025-2026, le ratio dette/PIB serait de moins de 50 %, et le déficit se limiterait à 1,1 % du produit intérieur brut.

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Le Bloc québécois restera sur sa faim, et des accrochages sont à prévoir avec le Québec.

Les bloquistes avaient deux conditions sine qua non pour appuyer le budget : hausser les transferts en matière de santé et rendre les 65-74 ans eux aussi admissibles à la bonification de la Sécurité de la vieillesse. C’est non et non.

Autre irritant, le gouvernement Trudeau s’entête à imposer des normes nationales pour les soins de longue durée ou la santé mentale.

L’aide du fédéral consiste à dire au Québec quoi faire, sans lui en donner les moyens.

On croyait que le Québec pourrait se consoler en recevant une compensation pour le réseau canadien de garderies. Mais surprise, ce chèque pourrait être assujetti à des conditions, a-t-on appris lundi.

Les libéraux ont intérêt à ne pas être trop pointilleux. Se mettre à dos le populaire gouvernement Legault n’est pas une stratégie gagnante. Surtout pas en lui donnant des leçons sur un programme qui lui sert pourtant de modèle.