(Ottawa) Les dépenses des ménages canadiens devraient éclipser leurs revenus au cours des prochains mois, à mesure que les vaccinations augmenteront et que l’incertitude liée à la pandémie disparaîtra, a estimé lundi la Banque du Canada dans un nouveau rapport.

Jordan Press
La Presse Canadienne

Selon la banque centrale, l’écart entre les attentes quant aux dépenses et aux salaires n’a jamais été aussi large dans son enquête trimestrielle sur les attentes des consommateurs.

Les responsables de la banque affirment que cela s’explique probablement par le fait que les ménages ont l’intention de dépenser une partie des milliards de dollars d’épargne accumulés pendant la pandémie, soit parce qu’ils ont dû annuler leurs achats, soit parce qu’ils n’avaient pas d’endroit où dépenser l’argent en raison des restrictions sur les voyages et les restaurants.

Comme le souligne l’enquête, les répondants prévoyaient dépenser plus d’un tiers des économies supplémentaires découlant de la pandémie au cours des deux prochaines années, et plus d’un dixième de ces économies pour rembourser leur dette.

L’enquête publiée lundi indique que les consommateurs s’attendent à ce que leurs habitudes de dépenses reviennent à la normale dans environ un an, avec des augmentations après la vaccination sur un large éventail de produits, en particulier pour les voyages et les activités sociales.

Dans l’ensemble, 75 % des répondants de l’enquête ont indiqué qu’ils prévoyaient de se faire vacciner, 5 % supplémentaires ont indiqué qu’ils avaient déjà reçu une première dose et les 20 % restants n’étaient pas certains ou n’avaient pas l’intention de se faire vacciner.

L’arrivée des vaccins semble avoir conduit à un optimisme croissant, car plus de répondants s’attendaient à un retour à la vie prépandémique que dans les enquêtes précédentes de la dernière année.

Pourtant, les consommateurs s’attendent à ce que la reprise économique de la pandémie de COVID-19 soit lente et que la menace du virus diminue au plus tôt dans la seconde moitié de l’année.

Les travailleurs ont indiqué qu’ils ne s’attendaient pas à un retour à un horaire de travail normal avant encore huit mois, soit trois mois plus tard que les réponses de la dernière itération de l’enquête, au quatrième trimestre de 2020.

Il y avait cependant une division dans la façon dont les gens percevaient les mois à venir. Les femmes et les ménages à faible revenu s’attendaient à une reprise plus lente que les hommes et les ménages à revenu plus élevé, ce qui, selon la banque, pourrait refléter l’impact inégal de la pandémie sur l’économie.

Perspectives divisées chez les entreprises

Les perspectives des entreprises trahissaient également certains écarts.

Plusieurs entreprises liées aux services à forte proximité physique, qui restent les plus touchées par les restrictions de santé publique, comme le tourisme et les certains éléments non essentiels du secteur de la vente au détail, ne s’attendent pas à voir les ventes revenir à leurs niveaux d’avant la pandémie dans les 12 prochains mois.

Pendant ce temps, ceux qui vendent les biens les plus recherchés par les consommateurs qui travaillent à leur domicile ou qui meublent leur maison — les services de construction, les vendeurs d’appareils électroménagers — et les fournisseurs de services aux entreprises voient tous une demande plus forte. Plusieurs prévoient d’investir dans des technologies stimulant la productivité, telles que l’automatisation des tâches ou des plateformes numériques destinées aux consommateurs pour répondre à la demande croissante, ou des logiciels et des serveurs pour exploiter des bassins de main-d’œuvre éloignés.

Dans l’ensemble, de nombreuses entreprises considèrent que les impacts de la pandémie sur leurs activités sont derrière eux, et plusieurs ne semblent pas préoccupés par l’incertitude liée à la pandémie, a précisé la banque centrale.

Et cela signifie que ces entreprises s’attendent à augmenter les prix plus rapidement qu’elles ne l’ont fait au cours des 12 derniers mois, en raison de la demande croissante et de leur désir de reconstituer leurs marges.

Plus de la moitié des quelque 100 entreprises interrogées par la banque entre la mi-février et le début mars — à peu près la même période que l’enquête auprès des consommateurs — s’attend à ce que l’inflation soit supérieure à l’objectif de 2,0 % de la banque centrale au cours des deux prochaines années, en raison de la forte demande des consommateurs, de la promesse de faibles taux d’intérêt de la banque centrale et des mesures de relance du gouvernement fédéral, qui atteignent 100 milliards.

Du côté des consommateurs, les répondants de l’enquête ont indiqué à la banque qu’ils s’attendaient à ce que l’inflation reste proche ou juste au-dessus de l’objectif de la banque centrale.

Les consommateurs estiment que l’inflation a oscillé autour de 2,0 % au cours de la dernière année, mais les mesures officielles font plutôt état de hausses de prix beaucoup plus modérées. L’inflation annuelle en février a atteint 1,1 %, un sommet depuis le début de la pandémie.

L’indice des prix à la consommation de Statistique Canada a été touché au cours des 12 derniers mois, car les consommateurs ont dépensé davantage pour des articles qui ne pèsent pas autant dans le calcul, et moins pour des articles qui ont plus d’influence sur l’indice.

Dans une expérience à laquelle la Banque du Canada a participé, Statistique Canada a rapporté lundi que l’inflation annuelle aurait été plus élevée d’environ quatre dixièmes de point de pourcentage au cours de chacun des six derniers mois si l’agence avait tenu compte des changements dans les habitudes de dépenses.