L’action de Dialogue commencera à se négocier en Bourse mardi prochain. Son prix initial a été fixé à 12 $. La télémédecine prend son envol avec la pandémie. Les perspectives sont attrayantes. Est-ce à dire pour autant qu’il faut acheter des actions de cette entreprise montréalaise de soins de santé virtuels ?

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« C’est une entreprise intéressante pour plusieurs raisons », lance le gestionnaire de portefeuille Bill Mitchell, de Gestion Palos.

« Notre système de santé est débordé et dispendieux. Utiliser la technologie aujourd’hui pour répondre aux besoins des gens est une bonne idée. Combien de fois suis-je allé à l’hôpital avec mes enfants parce qu’ils n’allaient pas bien ? Ça peut prendre des heures. La télémédecine est beaucoup plus efficace. »

Bill Mitchell aime le modèle d’affaires « B2B » de Dialogue. « C’est ce qui différencie l’entreprise de ses concurrents, souligne celui qui vient d’assister à une présentation à l’intention des investisseurs. Les clients de Dialogue sont des entreprises qui offrent le service à leurs employés. Dialogue se fait payer peu importe le nombre de fois que les utilisateurs utilisent sa plateforme. »

« C’est utile pour les clients de Dialogue, car leurs employés obtiennent une couverture additionnelle de soins. Et au lieu de voir un employé pendre une journée de congé pour aller chez le docteur, c’est une solution rapide pour gagner du temps. Ça diminue potentiellement les absences au bureau. »

Un « bon modèle »

Un taux de rétention de 100 % et des revenus récurrents sont des éléments qui plaisent au gestionnaire de portefeuille Stephen Takacsy, de Gestion Lester. « Dialogue a un bon modèle pour participer à l’évolution du secteur des soins de santé. L’approche est différente de ceux qui achètent des cliniques ou des entreprises de technologie sans stratégie d’intégration. »

« Le potentiel de croissance est important. Ils font déjà des affaires en Europe et ils sont probablement “best in class” sur le plan technologique », dit Bill Mitchell.

La liste de clients est un autre point important aux yeux de Bill Mitchell. « C’est impressionnant. Sun Life est client et détient aussi environ 16 % de l’entreprise. Si un assureur comme Sun Life aime ça, alors j’aime ça aussi. »

D’autres grands assureurs comme Industrielle Alliance, Desjardins, Canada Life et Beneva (La Capitale/SSQ Assurance) sont aussi clients. Seul Manuvie n’est pas client parmi les grands assureurs au pays.

L’évaluation

La grande question est d’évaluer l’entreprise. « C’est difficile, dit Bill Mitchell. Tout le monde prend sa décision selon ses critères. Dialogue possède beaucoup de choses qu’on recherche. Elle a un potentiel de croissance. Elle est dans un secteur en expansion. La technologie fait appel à l’intelligence artificielle. Toutes les cases d’un investissement de croissance sont cochées. »

« Tu payes pour de la croissance, ajoute Bill Mitchell. Ça dépend souvent de la vitesse à laquelle l’entreprise va croître. Dialogue est assurément positionnée pour croître, et rapidement. La taille du marché est immense. »

Dialogue récolte une centaine de millions en faisant le saut à la Bourse de Toronto. L’entreprise fera ses débuts en tant que société publique avec une capitalisation boursière implicite d’environ 800 millions de dollars.

« L’évaluation initiale autour de 10x à 13x les revenus est beaucoup plus intéressante que d’autres premiers appels publics à l’épargne des derniers mois, surtout si on tient compte de la croissance très rapide des revenus (187 % en 2020), analyse Martin Lalonde, gestionnaire de portefeuille chez Rivemont. Les possibilités de croissance future sont très grandes et très réelles. Leur position de leader au Canada rend l’opportunité attrayante. »

Aux États-Unis, Teladoc est un comparable. « Son action s’échange avec un multiple de 20x les revenus, alors Dialogue peut avoir l’air d’une aubaine. Reste que 10x à 13x les revenus pour Dialogue, ce n’est pas donné », dit Stephen Takacsy.

Chef des investissements chez Claret, Alain Chung comprend que Dialogue perturbera le secteur des soins de santé et le rendra « beaucoup plus productif », mais il n’est pas acheteur. « Le prix de l’émission n’a pas d’allure », lance-t-il.

« Ce n’est pas un mauvais secteur. Mais en regardant les revenus et la rentabilité, il est encore très tôt pour savoir ce qui se passe. Ce n’est plus un placement. Ça devient plus du capital-risque. C’est davantage de type “private equity”. Si tu as raison, tu vas faire de 10 à 15 fois ton argent. Si tu as tort, tu perds. »

Alain Chung soutient que les entreprises comme Dialogue peuvent faire le saut en Bourse en raison de l’engouement dans le marché. « Il y a trop d’argent. Je suis pas mal certain que c’est un secteur qui va fonctionner. La réalité, c’est que je ne sais pas à quel prix l’action devrait être fixée. J’ai de la difficulté à utiliser un multiple des revenus pour l’évaluer, parce qu’en fin de compte, l’entreprise doit faire de l’argent pour payer l’investisseur. Et ça se fait avec des profits. »

Il admet cependant que Dialogue a tout avantage à entrer en Bourse avec un multiple qui « n’a pas d’allure ». « Ça lui donne une monnaie pour consolider l’industrie. Ils pourront payer très cher avec une monnaie qui vaut très cher. »

« Il faut avoir beaucoup confiance en l’avenir, dit Stephen Takacsy. Mais il se peut qu’on fasse une exception et qu’on investisse dans Dialogue. On analyse le dossier. Habituellement, nous investissons dans des entreprises déjà rentables. »

Dialogue en bref

Siège social : Montréal

Année de fondation : 2016

Bourse : Toronto

Symbole boursier : CARE

Activités : télémédecine, santé mentale (programmes de gestion du stress, anxiété, troubles du sommeil, épuisement, deuil, troubles alimentaires, etc.) et programmes d’aide aux employés

PDG et cofondateur : Chérif Habib

Revenus annuels récurrents : 60 millions (en date du 1er février)

Perte nette : 20 millions (exercice 2020)