(Ottawa) Le gouvernement Trudeau entend agir rapidement si les débardeurs du port de Montréal déclenchent la grève. Un projet de loi pour forcer le retour au travail est dans les cartons. Et le premier ministre du Québec, François Legault, souhaite également un geste rapide d’Ottawa.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Selon des informations obtenues par La Presse lundi, la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi, planche discrètement sur un plan d’urgence afin d’éviter qu’une grève paralyse le port de Montréal pendant une longue période. Ce dossier devait être abordé lors de la réunion du Cabinet lundi.

S’ils se réjouissent de la volonté des deux parties de reprendre le dialogue, plusieurs ministres du gouvernement Trudeau veulent éviter à tout prix qu’un conflit de travail vienne asséner un autre dur coup à l’économie canadienne, déjà malmenée par la pandémie de COVID-19 depuis un an.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Filomena Tassi, ministre fédérale du Travail

Selon nos informations, ce dossier aurait été abordé durant la rencontre entre Justin Trudeau et François Legault, la semaine dernière à Montréal, en marge de l’annonce commune sur des investissements pour la construction d’une usine d’assemblage de batteries pour véhicules électriques de la Compagnie Électrique Lion. Et François Legault aurait été clair : une grève nuirait à la reprise économique.

« On ne peut pas se permettre une grève au port de Montréal », a-t-on aussi insisté en coulisses dans les rangs libéraux à Ottawa.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a fait savoir lundi qu’il s’opposerait à l’adoption d’une loi forçant le retour au travail en cas d’impasse. « C’est certain qu’au NPD, en tant que parti qui représente les travailleurs, on va s’opposer à toute forme de loi de retour au travail. Si les libéraux font cela, ce sera une trahison de ce qu’ils ont affiché comme une sympathie envers le mouvement syndical. Mais il faut se calmer. Il n’y a pas d’avis de grève qui a encore été envoyé », a indiqué le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice.

« On n’est pas en mode de grève »

Dimanche, les débardeurs ont refusé à 99,71 % l’offre patronale qualifiée de finale. Le Syndicat des débardeurs a déjà dans sa poche un mandat pour déclencher la grève. Mais le syndicat représentant les quelque 1125 débardeurs du port de Montréal et l’Association des employeurs maritimes ont fait savoir lundi qu’ils étaient prêts à retourner à la table des négociations.

Au moment où on se parle, on n’est pas en mode de grève ; on est en mode de retour à la table de négociations, pour voir si l’employeur va véritablement négocier avec nous, plutôt que de tenter de nous imposer des conventions.

 Michel Murray, conseiller syndical au Syndicat canadien de la fonction publique, affilié à la FTQ

De son côté, l’Association des employeurs maritimes a aussi manifesté son ouverture et a dit attendre d’être convoquée par les médiateurs. Trois ont été affectés au dossier par le ministère fédéral du Travail.

Les principaux points en litige sont les horaires de travail, la conciliation travail-famille-vie personnelle, le droit à la déconnexion et les mesures disciplinaires.

Des attentes « claires »

Au bureau de la ministre Filomena Tassi, on se félicite de la reprise des négociations et on invite les deux parties à conclure une entente « le plus rapidement possible »

« L’attente claire de notre gouvernement est que les parties parviennent à un accord le plus rapidement possible. Cela a été clairement indiqué aux parties », a indiqué Lars Wessman, directeur des communications de la ministre Tassi, soulignant le « rôle central du port ».

Nous sommes conscients que la situation actuelle crée beaucoup d’incertitude dans les chaînes d’approvisionnement, et risque de nuire à notre réputation et à l’économie partout au Canada, particulièrement à Montréal ainsi qu’au Québec et en Ontario. Nous avons entendu les préoccupations de nombreux intervenants au cours des dernières semaines et les prenons très au sérieux.

Lars Wessman, dans un courriel à La Presse

Lundi, une vingtaine d’associations industrielles nationales du Canada ont aussi fait part de leur crainte. À l’unisson, elles ont réclamé une intervention d’Ottawa pour éviter toute interruption des activités au port de Montréal.

« La décision prise par le syndicat des débardeurs de rejeter l’offre de l’Association des employeurs maritimes est à la fois décevante et porte un coup sérieux aux chaînes d’approvisionnement canadiennes déjà précaires et aux efforts de relance économique. Elle menace également le bien-être économique des dizaines de milliers d’entreprises et des centaines de milliers de travailleurs qui assurent le transport de biens essentiels à travers le pays », affirment les associations dans une déclaration diffusée par la Chambre de commerce du Canada.

« Depuis plus d’un an, le Canada est aux prises avec les effets économiques de la pandémie de la COVID-19. La menace d’une deuxième grève au port de Montréal plane depuis le premier arrêt de travail en août 2020. Cette grève, qui a duré plus de 10 jours, a eu des conséquences négatives pour l’industrie même après la trêve. [Le rejet de l’offre] pourrait également avoir des effets prolongés sur la compétitivité économique et la réputation mondiale du Canada en tant que partenaire commercial international », ajoute-t-on.

Avec La Presse Canadienne