Malgré un fort rebond anticipé de l’économie, la pandémie de COVID-19 laissera des traces sur les finances publiques et des choix difficiles attendent le Québec à moyen terme s’il veut renouer avec l’équilibre budgétaire, prévient un nouveau rapport de l’Institut du Québec (IDQ).

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Dévoilé jeudi, à une semaine du dépôt du budget, le rapport chiffre, sur une période de cinq ans, à environ 36 milliards – 11 milliards sur les revenus et 25 milliards sur les dépenses – l’impact de la crise sanitaire sur les finances de la province.

En dépit de taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) nominal estimés respectivement à 8,4 % et 6 % au cours des deux prochaines années, le déficit risque de se chiffrer à 6,5 milliards, après versement au Fonds des générations, en 2025-2026 – exercice où le gouvernement Legault souhaite en principe renouer avec l’équilibre.

Dans un contexte où les taux d’intérêt sont encore faibles, l’IDQ croit qu’il n’y a rien de mal à repousser le retour au déficit zéro pour stimuler la relance économique et même réduire temporairement les versements au Fonds des générations.

Sa présidente-directrice générale, Mia Homsy, apporte toutefois un bémol.

« Malgré cela, l’équilibre ne reviendra jamais naturellement, a-t-elle laissé tomber, au cours d’un entretien téléphonique. La croissance économique ne sera pas suffisante pour soutenir l’ampleur des besoins avec le fardeau fiscal actuel. »

Les projections de l’Institut tablent sur une croissance annuelle de 4,9 % des dépenses en santé et de 3,3 % du côté de l’éducation.

Si la conjoncture économique est « favorable » à court terme, le rapport souligne que la croissance du PIB sera plutôt faible entre 2024 et 2030. Cela s’ajoutera à la « productivité défaillante » du Québec ainsi qu’« aux pressions grandissantes sur le système de santé » en raison du vieillissement de la population. Ces facteurs « entraîneront immanquablement des déficits croissants », peut-on lire dans le rapport.

« On ne tire pas une sonnette d’alarme, a toutefois tempéré Mme Homsy. On veut juste que cela soit clair pour la population que (le rééquilibrage des finances) ne se fera pas grâce à la force de la reprise économique et la faiblesse des taux d’intérêt. »

Ainsi, afin de pouvoir continuer à investir dans les infrastructures, dans la santé et continuer « de faire des efforts environnementaux », Mme Homsy croit qu’un choix finira par s’imposer : les dépenses gouvernementales devront être réduites ou le fardeau fiscal devra grimper.

De 2020 à 2023, le Québec devrait enregistrer un déficit record de l’ordre de 15 milliards cette année, suivi d’un déficit de 8 milliards l’année suivante et 7 milliards l’année d’après.

La loi actuelle oblige le gouvernement à éliminer tout déficit d’ici 2025-2026, sans égard à l’ampleur du gouffre financier dans lequel il se trouve. Dans son budget de la semaine prochaine, le ministre des Finances, Eric Girard, devrait en principe donner une idée de la trajectoire pour retrouver l’équilibre dans cinq ans.

Selon les projections de l’IDQ, les manques à gagner, au sens de la loi, passeraient de 8 milliards en 2026-2027 à 13 milliards en 2029-2030 sans un redressement éventuel des finances publiques.

Dans un contexte où les taux d’intérêt sont très faibles, le service de la dette devrait « rester stable à moyen terme », d’après le rapport. Mme Homsy a toutefois précisé que le Québec serait « très vulnérable » à une remontée des taux.

En plus de l’Institut, d’autres voix se sont élevées pour inciter le gouvernement Legault à allonger la trajectoire du retour à l’équilibre budgétaire. Plus tôt cette semaine, le Parti libéral du Québec avait notamment suggéré de reporter cet objectif.