La conscientisation pour l’accession des femmes aux postes de direction et aux conseils d’administration fait lentement son chemin. Les organismes et les évènements pour les mettre en valeur se multiplient. Parallèlement, le mouvement Black Lives Matter a donné un élan aux intentions de diversité, d’inclusion et de nivellement des inégalités dans divers milieux depuis l’été 2020.

Publié le 17 mars 2021
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

N’empêche, une statistique entendue quelques mois auparavant, à Toronto, lors d’un gala d’affaires où elle était nommée, donne encore des sueurs à Fabienne Colas : « Pour 1 $ récolté par les femmes blanches, les femmes de couleur font 80 cents ! Il y a une inégalité même entre les femmes ! Ç’a été un déclic. »

Ainsi, l’entrepreneure et fondatrice du Festival international du film Black de Montréal et de Toronto a eu l’idée de propulser les femmes issues des communautés noires, latines, asiatiques et autochtones devant les yeux des décideurs en créant ElleV Femmes de couleur. « J’ai mis sur pied cette communauté dans un souci de changement, explique-t-elle. Souvent, les femmes qui ont une promotion, qui entrent dans les conseils et qu’on applaudit sont non racisées. C’est urgent de sensibiliser les gens à cette réalité, de responsabiliser les entreprises et d’aider à faire connaître ces femmes, de faire des activités d’accélération et du mentorat. »

ElleV en est à ses balbutiements, mais déjà, l’organisme poursuit quelques objectifs précis : faire reconnaître ces professionnelles invisibles, constituer un bassin de talents, comprendre leurs besoins et travailler avec des entreprises au Canada pour cibler les obstacles auxquels elles se butent dans les milieux de travail. « On ne veut plus entendre comme excuses qu’on n’en trouve pas ! », lance Nicole Piggott, présidente d’ElleV.

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Nicole Piggott, présidente d’ElleV Femmes de couleur

La présidente rappelle qu’on est porté à recruter des gens qui nous ressemblent et que les systèmes n’ont pas été conçus pour la reconnaissance des valeurs ou des obstacles des femmes issues de la diversité. « Et présentement, les gens qui nous ressemblent le plus sont des femmes blanches, dit-elle. Il faut des structures qui imposent la diversité dans le processus de sélection. Des études montrent que, à compétences égales, pour qu’une femme soit recrutée, une majorité de femmes de couleur doivent être déjà en place. »

Loin de vouloir agir dans son coin, la direction d’ElleV tendra la main à différents organismes, aux universités pour inciter les femmes issues de la diversité à se diriger dans des programmes où elles sont sous-représentées, aux entreprises privées pour du financement, aux femmes autant qu’aux hommes. Car la tâche est énorme… et car, même au sein du groupe ciblé par l’organisme, les enjeux et les réalités sont multiples. « Le travail est gros et je veux qu’on fasse bien les choses, admet Nicole Piggott, qui a fait carrière en ressources humaines, notamment chez Rio Tinto et Bombardier. On va cibler certaines choses à court terme où on peut obtenir un maximum de changements. Des programmes de reconnaissance, par exemple. On va créer un élan et, ensuite, on pourra accélérer. »

« Aujourd’hui, on sonne l’alarme pour qu’on puisse changer les choses, ajoute Fabienne Colas. La diversité est un moteur de création de richesse, d’efficacité et de croissance. On ne veut pas que des changements superficiels dans le milieu des affaires. Ça va au-delà des messages qu’on publie sur les réseaux sociaux. Vous reconnaissez la problématique, mais qui recommandez-vous ? »