(Ottawa) Le Canada et l’Allemagne ont signé mardi un accord de coopération dans le secteur de l’innovation et du commerce des énergies vertes, notamment la filière hydrogène, alors que le marché pour ce carburant à faible émission de carbone prend de l’ampleur.

Christopher Reynolds
La Presse Canadienne

Signé de façon virtuelle mardi par les ministres de l’Énergie des deux pays, l’accord prévoit un plan de coopération en matière de politique énergétique et de recherche, dans le but d’atteindre l’objectif d’émissions nettes nulles d’ici 2050.

Le ministre canadien des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, a déclaré que le Québec et sa province natale de Terre-Neuve-et-Labrador étaient particulièrement bien placés pour commencer à produire ce qu’on appelle « l’hydrogène vert », qui brûle proprement et peut être produit à l’aide de l’énergie éolienne ou solaire — sans émissions de gaz carbonique.

M. O’Regan a souligné la nécessité de requalifier les travailleurs des régions dont les économies dépendent depuis longtemps des industries des combustibles fossiles, actuellement en difficulté. Il admet que la transition pourrait être « compliquée » et que « le pétrole sera avec nous pendant un certain temps ».

« Cela attriste souvent les gens des deux côtés du spectre politique », a-t-il déclaré lors d’une cérémonie virtuelle de signature avec Peter Altmaier, ministre allemand des Affaires économiques et de l’Énergie.

« Le pétrole restera avec nous pendant un certain temps et il continuera de faire partie de l’économie canadienne, sans aucun doute », a déclaré M. O’Regan. Or, le gaz naturel liquéfié pourrait servir de « carburant de pont » pour atteindre le territoire des « énergies vertes », a-t-il dit. L’Allemagne vise d’ailleurs à intégrer dans sa stratégie énergétique les importations de gaz naturel liquéfié ainsi que la production d’hydrogène, a rappelé le ministre canadien.

Appui de John Kerry

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John Kerry

Les deux pays pourraient toutefois ne pas être totalement d’accord sur la source de cet hydrogène : le Canada se concentre depuis quelque temps sur ce qu’on appelle l’« hydrogène bleu ». Ce carburant est généralement dérivé du gaz naturel et associé à une technologie de captage du carbone qui est émis lors de sa production. L’hydrogène bleu est donc plus acceptable, sur le plan politique, dans les provinces de l’Ouest, qui disposent d’abondantes réserves de gaz naturel.

De hauts fonctionnaires de plusieurs autres pays du G20 se sont joints au Canada et à l’Allemagne pour le « 7e Dialogue de Berlin sur la transition énergétique », une conférence internationale qui se tient virtuellement cette semaine. On y a aussi fait la promotion mardi de l’hydrogène comme innovation clé pour réduire les émissions de carbone dans le monde.

L’envoyé spécial du président américain Joe Biden pour le climat, John Kerry, a déclaré au forum mardi qu’il soutenait les efforts du ministre O’Regan pour des solutions créatives et collaboratives, y compris l’expansion de l’hydrogène, comme moyen pour les gouvernements et le secteur privé de travailler ensemble afin de rompre la dépendance aux combustibles fossiles.

« Je pense que l’hydrogène est peut-être l’une de nos plus grandes chances car, évidemment, c’est un point de vue partagé. Des économies entières peuvent être construites sur l’hydrogène », a déclaré M. Kerry.

Les ministres des Affaires étrangères et de l’Innovation d’Allemagne, d’Italie et de l’Union européenne se sont joints au Canada et aux États-Unis pour souligner la nécessité de bâtir le secteur des énergies renouvelables dans les pays en développement et les pays développés grâce à la collaboration — une collaboration qui doit avoir lieu à l’échelle internationale mais aussi nationale, ont déclaré les ministres.

Interrogé sur les dépenses courantes du Canada dans l’industrie des combustibles fossiles, alors que le gouvernement de Justin Trudeau continue de faire pression sur les autres pays pour qu’ils se tournent davantage vers les énergies vertes, le ministre O’Regan a défendu les dépenses du Canada en matière de pétrole, de gaz et de pipelines.

« Il ne faut pas s’imaginer que nous allons nous débarrasser du pétrole du jour au lendemain. En attendant, nous devons donc abattre le travail acharné de réduire les émissions liées à l’extraction et à l’utilisation du pétrole », a-t-il soumis.