La pandémie a gravement nui à la rentabilité d’Hydro-Québec, qui rapporte une baisse importante de la consommation d’électricité et une dégringolade de 21 % de ses profits pour l’année 2020.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La présidente-directrice générale de la société d’État, Sophie Brochu, qui est arrivée en poste le 1er avril dernier, peu après le début de la crise, s’attend à ce que l’entreprise récupère un peu de sa rentabilité perdue dès cette année.

Le bénéfice net devrait augmenter de 400 millions, à 2,7 milliards, en 2021, a-t-elle indiqué. « On peut penser que l’on va retomber sur nos pattes à la fin de la prochaine année ou au début de la suivante », a-t-elle dit à l’occasion de la publication du rapport annuel 2020.

Les ventes totales d’électricité ont atteint 13,5 milliards, en baisse de 427 millions. Le bénéfice net de 2020 est en baisse de 620 millions, à 2,3 milliards, comparativement à 2,9 milliards pour 2019 et à 3,2 milliards en 2018.

Le profit net de 2,3 milliards pour 2020 permettra à Hydro-Québec de remettre un dividende de 1,7 milliard au gouvernement québécois. C’est 500 millions de moins qu’en 2019.

Tous les indicateurs du bilan annuel publié mercredi sont en baisse en raison des impacts de la crise sanitaires, sauf un : la consommation d’électricité des clients résidentiels confinés chez eux a augmenté de 4 %.

Cette augmentation n’a cependant pas réussi à compenser la baisse de 7 % des ventes dans les secteurs industriel et commercial. Au total, les ventes d’électricité sont en baisse de 4 % pour l’année, en raison de l’impact de la pandémie et de l’effet des températures moyennes moins froides qu’en 2019.

Les ventes à l’exportation ont aussi été touchées par la pandémie. Hydro-Québec a exporté moins en Nouvelle-Angleterre et à des prix moins intéressants. Le prix moyen de l’électricité sur le marché du nord-est du continent a baissé de 25 %, précise la société d’État.

Hydro-Québec a pu limiter les dégâts. Le prix moyen obtenu par kilowattheure exporté était de 4,2 cents, en légère baisse comparativement au prix de 4,3 cents le kilowattheure obtenu 2019. « Une chance qu’on avait des stratégies de commercialisation », a commenté le chef de la direction financière, Jean-Hugues Lafleur.

Les exportations restent une source de profit importante, a-t-il rappelé. Le kilowattheure qui coûte 2,11 cents à produire se vend deux fois plus cher sur le marché de gros aux États-Unis.

Provisions à un niveau record

La rentabilité d’Hydro-Québec a aussi été touchée par une augmentation de 328 millions de ses frais d’exploitation. Cette hausse s’explique en partie par l’impact de la pandémie, qui a forcé l’entreprise à augmenter ses provisions pour factures impayées.

Les provisions pour pertes, qui se situent bon an, mal an à 90 millions, ont été augmentées de 71 millions, à 160 millions en 2020, ce qui est un niveau sans précédent.

Au printemps 2020, lors de la première vague de la crise sanitaire, Hydro-Québec avait suspendu les frais d’administration pour ses clients en difficultés de paiement et cessé temporairement les interruptions de services. Ces mesures ont coûté 90 millions.

Le coût du régime de retraite a aussi augmenté de 173 millions en 2020, a précisé Jean-Hugues Lafleur.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Le chantier de la centrale Romaine-4, en juin 2018

La rentabilité a aussi été affectée par les retards dans la construction de la quatrième et dernière phase du complexe hydroélectrique La Romaine. Le chantier a dû s’arrêter pendant plusieurs mois à cause de la pandémie, ce qui reporte l’entrée en service de la centrale Romaine-4, initialement prévue pour cette année, à 2022.

Ce retard ne fera pas augmenter le coût final du projet, qui doit générer de l’électricité à 6,5 cents le kilowattheure, a précisé Jean-Hugues Lafleur. La baisse des taux d’intérêt a compensé le coût des retards.

Le projet a été lancé avec des coûts de financement estimés à 5,5 %, alors qu’Hydro a pu refinancer une partie de ses emprunts à un coût moyen de 2,22 % en 2020, a-t-il expliqué.

La baisse des taux d’intérêt a aussi incité Hydro-Québec à dépenser davantage dans le maintien de ses installations vieillissantes. En 2021, la société d’État prévoit investir 4,6 milliards, soit 1,2 milliard de plus qu’en 2020.

La part du lion de ces investissements sera consacrée à la construction et à la réfection de postes et de lignes de transport.