J’œuvre dans le secteur technologique depuis des années. Comme plusieurs, je souhaite que le Québec et le reste du Canada réussissent à faire pousser davantage d’entreprises qui seront les géants de demain. On peut tous se mettre d’accord qu’un Shopify ou CGI par décennie, c’est trop peu.

Publié le 15 févr. 2021
ALEXANDRE THIBAULT Chef de l’exploitation, GTX

En fait, j’ai découvert au fil des années passées en France, à Toronto et en Californie que tout écosystème technologique est imprégné d’une obsession : créer des titans. La Silicon Valley est l’exemple le plus probant, mais chaque ville importante a son propre écosystème avec ses géants qui emploient des centaines, des milliers ou même des dizaines de milliers de gens, selon l’échelle. Au Canada, Shopify fait office de leader, mais le Québec n’est pas en reste avec, entre autres, les CGI, CAE, Lightspeed, Nuvei et plusieurs entreprises privées dont on entend un peu moins parler, comme Premier Tech.

Par contre, cette obsession systémique à créer des avaleurs de planètes vient avec certains effets pervers, dont une certaine déception lorsqu’une belle entreprise, qu’elle soit grande ou simplement fort prometteuse, est vendue à des étrangers. On peut notamment penser à ce qui s’est passé récemment avec la vente d’Element AI à ServiceNow. Cette annonce a engendré une sorte de soupir généralisé venant de gens qui ne travaillent pas dans le secteur et qui pensaient que nous avions entre les mains un champion intergalactique. On entend qu’il y avait beaucoup d’autres enjeux dans ce cas bien précis, mais l’imaginaire collectif était quand même fort déçu de la résultante, soit la vente aux Américains.

Certains iront même jusqu’à nier l’importance de mettre en place des mesures permettant l’éclosion des titans parce qu’ils risquent d’être vendus. Or, il s’avère qu’on parle trop peu de tous les bénéfices qui peuvent ressortir d’une vente d’entreprise colossale pour un écosystème technologique.

Un exit, comme on l’appelle dans le jargon, n’est pas toujours une capitulation, malgré ce que le discours public peut laisser croire. En fait, une vente d’entreprise peut avoir d’énormes retombées pour un écosystème et donner lieu à des dizaines d’autres projets prometteurs. À titre d’exemple, la seule vente de PayPal en 2002 a directement mené à la fondation de YouTube, LinkedIn, Tesla, SpaceX, Palantir et Yelp, en plus de générer les fonds pour la première ronde de financement de Facebook et de centaines d’autres entreprises. Autrement dit, le monde ne serait pas le même si les membres de la PayPal Mafia n’avaient pas quitté l’entreprise après la vente pour réinvestir leurs gains.

Comme une équipe de hockey championne, un écosystème technologique est constitué d’un mélange habile de vétérans qui transmettent leur savoir et de jeunes talentueux, dynamiques et motivés. Une belle vente peut permettre à un(e) jeune centre de troisième trio qui performe très bien dans la formation championne de tenter sa chance comme pilier d’une équipe en fondant sa propre entreprise. Qui sait, peut-être qu’il s’agira du titan de demain ?

J’espère donc qu’au fur et à mesure que notre écosystème gagnera en maturité, cette mentalité pourra évoluer.

Dans la foulée de cette réflexion, animé du désir de participer à l’essor d’un géant technologique de souche québécoise, j’ai personnellement effectué un changement récemment. Je quitte ainsi le poste de direction que j’occupais au sein d’une belle société française pour me joindre à GTX, une entreprise de techno québécoise hyper dynamique qui vient d’ajouter 200 employés dans la dernière année pour soutenir une croissance robuste et soutenue. Aspirations titanesques ou pas, il sera fort agréable de contribuer davantage à l’écosystème local.