Après avoir annoncé sa démission et celle de tout son gouvernement pour cause de grave cafouillis administratif vendredi dernier, le premier ministre des Pays-Bas a enfourché son vélo pour aller en informer le roi Willem-Alexander.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Difficile d’imaginer la même chose ici. Le petit royaume de 18 millions d’habitants est particulier à bien des égards, ce qui explique peut-être sa popularité auprès des touristes du monde entier. Le pays est un des plus visités d’Europe, et la plupart de ces visiteurs viennent pour les attractions d’Amsterdam. S’il y en a beaucoup, les plus populaires restent le Red Light et les cafés de la ville où la consommation de marijuana est permise.

Le pays, qui avait misé sur le tourisme pour relancer son économie après la crise financière de 2008, a réussi au-delà de ses espérances. Le nombre de touristes a explosé et Amsterdam, avec une population de 850 000 personnes, a reçu 20 millions de visiteurs en 2019. Ce nombre pourrait doubler d’ici 2030 si la croissance se poursuit au même rythme, selon l’Office de tourisme des Pays-Bas.

Ça fait déjà plusieurs années que la ville essaie tant bien que mal de contrôler l’afflux de visiteurs et d’en réduire l’impact sur ses infrastructures. Amsterdam a interdit les visites guidées du Red Light la nuit et réglementé la location à court terme d’appartements de type Airbnb pour que son centre-ville ne se vide pas de ses habitants.

D’autres avenues ont été explorées, comme une augmentation des taxes touristiques et des promotions pour encourager les visiteurs à explorer d’autres régions du pays. Rien n’y fait, semble-t-il, et les coffee shops restent plus populaires que le Rijksmuseum.

La pandémie a évidemment réglé le problème de surtourisme aux Pays-Bas. Du moins temporairement. Les visiteurs étrangers ont disparu. Le Red Light et les cafés du centre-ville sont désertés.

Alors que la plupart des pays souhaitent ardemment le retour des touristes, on dirait que l’administration municipale d’Amsterdam se prépare plutôt à tuer la poule aux œufs d’or.

La mairesse de la ville, Femke Haselma, profite de la crise pour ressusciter des projets controversés : déménager le Red Light ailleurs et permettre l’accès aux coffee shops seulement aux résidants.

L’élue du Parti vert dit être à l’écoute des citoyens qui en ont assez de supporter des hordes de touristes désargentés qui viennent faire la fête le week-end.

« Il y a désormais ici une énorme aspiration à gérer le flux de tourisme, explique-t-elle, citée par le quotidien français Le Monde. Notre liberté ne peut être un laissez-passer pour des groupes importants de jeunes qui vomissent dans les canaux parce qu’ils ont trop fumé ou trop bu. »

L’idée n’est pas nouvelle, et dans certaines villes du pays, seuls les résidants ont accès aux coffee shops, mais pas à Amsterdam, ville qui reçoit le plus grand nombre de visiteurs.

Il y a actuellement à Amsterdam 166 cafés où l’achat et la consommation de cannabis sont permis. La ville voudrait réduire ce nombre à 70, en plus d’en limiter l’accès.

Ça ne fait pas l’unanimité, on s’en doute. Restaurateurs et hôteliers sont montés au créneau pour s’opposer à des mesures qui risquent de diminuer leurs revenus. D’autres voix se font entendre pour dénoncer l’intention de la Ville de choisir le genre de touristes qu’elle accueille.

Le tourisme pèse lourd dans l’économie néerlandaise. Près de 800 000 emplois en dépendent, et le secteur compte pour près de 5 % du produit intérieur brut du pays. Avant la pandémie, le tourisme générait des revenus de 82 millions d’euros par année.

Il faudra voir si l’action suit les intentions et, surtout, si les Pays-Bas réussiront à augmenter la qualité des touristes, comme ils le souhaitent, sans nuire à leur économie.

Le pays, qui est un des plus riches d’Europe, peut peut-être se permettre de prendre ce genre de risques. Ce n’est pas le cas de bien d’autres pays qui souffrent du surtourisme.