Pfizer, AstraZeneca, Moderna… Ces multinationales de l’industrie pharmaceutique suscitent des attentes sans précédent dans le monde médical, alors qu’a débuté la distribution des vaccins contre la COVID-19. Mais d’un point de vue d’investisseur, qu’en est-il des attentes de rendement envers ces géants du bouillonnant secteur des « sciences de la vie » en Bourse ?

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

« Les entreprises des sciences de la vie comptent pour environ 15 % de notre portefeuille d’actions mondiales, ce qui est significatif en proportion des autres grands secteurs en Bourse », signale Marc Novakoff, cogestionnaire principal du portefeuille d’actions globales de la firme montréalaise, Jarislowsky Fraser, qui a 53 milliards en actifs sous gestion.

Pourquoi une telle pondération ? « Dans le secteur des sciences de la vie, on retrouve beaucoup d’entreprises qui satisfont à nos principaux critères de placement, répond M. Novakoff en entrevue avec La Presse. Entre autres, nous priorisons le potentiel de croissance à long terme et de rendement supérieur sur le capital investi, une faible cyclicité des résultats, des équipes de gestion de grande qualité et des avantages concurrentiels très forts dans leur marché respectif. »

Rendement supérieur à long terme, dit-il ? Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil sur le comportement des plus gros fonds d’investissement spécialisés en sciences de la vie, et dont les parts se négocient en Bourse (FNB).

PHOTO FOURNIE PAR JARISLOWSKY FRASER

Marc Novakoff, gestionnaire de portefeuille d’actions, marchés émergents et globales chez Jarislowsky Fraser

Sur la Bourse canadienne, où le secteur des sciences de la vie est sous-développé du point de vue des grands investisseurs, c’est le FNB iShares de l’indice mondial des soins de santé et sa capitalisation de 410 millions qui se retrouvent en tête de liste des placements les plus accessibles pour les investisseurs.

Or, depuis trois ans, ce FNB affiche un rendement total annualisé (prix + dividendes) de tout près de 10 %, après couverture pour le taux de change du dollar canadien.

En comparaison, c’est deux fois plus que le rendement total annualisé (soit 4,5 %) produit par le FNB de iShares de l’indice boursier MSCI Mondial, tous secteurs confondus.

Pour les boursicoteurs actifs

Mais pour les investisseurs plus actifs dans la gestion de leur portefeuille, comment s’y prendre pour guider la sélection d’entreprises dans le secteur des sciences de la vie ?

Le gestionnaire de portefeuille Marc Novakoff résume ses principaux critères d’investissement dans ce secteur. « Je me concentre sur les entreprises qui ont un portefeuille de produits pharmaceutiques ou médicaux bien diversifiés et bien établis dans leur marché respectif. C’est aussi une façon de mieux répartir le risque en cas de problèmes parmi les produits-vedettes ou les projets de recherche et développement d’une entreprise en particulier. »

Ensuite, indique Marc Novakoff, « dans le secteur pharmaceutique en particulier, je surveille l’évolution des principaux produits qui sont encore sous brevet. Combien de temps avant l’échéance de ces brevets et la mise en marché de produits concurrents par des fabricants génériques ? »

En parallèle, souligne-t-il, « je surveille l’évolution des principaux projets de R&D et de leur potentiel de générer de la croissance des revenus et de la valeur de ces entreprises. Avec une attention particulière sur leur plan d’affaires aux États-Unis, qui demeure le plus gros marché du monde dans le secteur pharmaceutique ».

À la firme GPS Medici, qui a 800 millions en actifs sous gestion, le gestionnaire de portefeuille et associé de direction Pierre-Olivier Langevin explique que son approche du secteur des sciences de la vie se décline en deux volets.

D’une part, dit-il, « nous évitons les entreprises de taille moindre dont les activités sont plus concentrées sur quelques projets spécifiques de R&D en biotechnologie et en pharmaceutique. C’est parce que le profil de risque de leur plan d’affaires et de leur valeur boursière est trop élevé par rapport au profil moyen des portefeuilles de notre clientèle d’investisseurs ».

Au-delà des sociétés pharmaceutiques

D’autre part, explique M. Langevin, « au-delà d’un certain intérêt pour les grandes pharmaceutiques avec des portefeuilles de produits diversifiés, nous portons une attention particulière vers un sous-secteur des sciences de la santé, soit celui des grands fournisseurs de matériel et de technologies médicales ».

Pourquoi ? « Il s’agit d’un secteur intéressant pour les investisseurs qui recherchent un peu plus de prévisibilité et de régularité dans leurs placements internationaux dans les sciences de la vie », répond Pierre-Olivier Langevin.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre-Olivier Langevin

Ce secteur se compose surtout d’entreprises de taille intermédiaire dont les plus performantes au fil des ans sont celles dont le plan d’affaires est bien géré afin de maintenir une longueur d’avance technologique sur leurs concurrents.

Pierre-Olivier Langevin, gestionnaire de portefeuilles et associé de direction chez GPS Medici

Un regard sur les sous-traitants

Chez Jarislowsky Fraser, Marc Novakoff fait aussi part d’un intérêt particulier envers un autre sous-secteur des sciences de la vie, soit celui des entreprises de sous-traitance de recherche et développement auprès des géants pharmaceutiques.

« Au fil des ans, les grandes entreprises pharmaceutiques ont confié une part grandissante de leurs travaux de R et D à des sous-traitants spécialisés. Or, cette sous-traitance généralisée a favorisé l’émergence sur les marchés boursiers d’Europe, des États-Unis et d’Asie de plusieurs entreprises très performantes dans la gestion et la réalisation de ce type de contrats », explique M. Novakoff.

« Comme investisseurs, ces entreprises sont de plus attirantes en raison de leur modèle d’affaires basé sur des contrats de sous-traitance hautement spécialisés, avec des conditions de réalisation prédéterminées et un potentiel de rendement mieux prévisible. »

De plus, souligne-t-il, « au fil des contrats, ces entreprises acquièrent des compétences et des connaissances sur le marché des produits les plus avancés en pharmaceutique et en soins de santé. Ça augure d’un bon potentiel d’ascension vers les plus hauts échelons du marché mondial des sciences de la vie ».