La contribution de l’immigration à la prospérité économique d’un pays n’est plus à démontrer. Le Canada, qui accueille des centaines de milliers d’immigrants chaque année, est bien placé pour le savoir.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La croissance économique actuelle du pays repose en partie sur ces nouveaux arrivants, qui sont en majorité sélectionnés pour leur capacité à s’intégrer au marché du travail. La vigueur du marché immobilier, en particulier, est due à l’immigration, constate l’économiste Matthieu Arseneau, de la Banque Nationale, dans une étude récente (1).

Ce qu’on connaît moins, c’est le soutien qu’apportent les travailleurs immigrés à leur pays d’origine. Au Canada comme partout dans le monde, les expatriés temporaires ou permanents sont nombreux à envoyer une partie de leurs gains à leur famille, à leurs amis ou aux moins bien nantis de leur pays d’origine.

Ces envois de fonds des travailleurs immigrés à leur pays d’origine dépassent les 550 milliards US, selon les estimations de la Banque mondiale pour 2019. C’est 4,7 % de plus qu’en 2018.

Le total des envois de fonds des expatriés à leur pays d’origine dépasse même l’aide gouvernementale officielle envoyée aux pays qui en ont besoin.

L’argent vient surtout des États-Unis, de l’Europe, de la Russie et du Canada. Il est envoyé en Chine, en Inde, en Haïti et dans d’autres pays où la vie est plus difficile.

C’est une aide discrète, mais fondamentale pour beaucoup d’individus, et même pour des pays entiers. Au royaume des Tonga, un archipel de Polynésie qui compte un peu plus de 100 000 habitants, les fonds envoyés par ses ressortissants qui travaillent à l’étranger comptent pour près de 40 % du produit intérieur brut.

Le flot de ces envois d’argent varie beaucoup d’année en année, au gré du contexte économique et des taux de change. Ainsi, la forte croissance économique aux États-Unis a fait augmenter considérablement les envois d’argent privé vers les Caraïbes et les pays d’Amérique latine, d’où viennent beaucoup d’immigrés qui travaillent sur le sol américain. En 2019, le flot vers cette région du monde était en hausse de 7,8 %, taux de croissance le plus élevé de tous les pays bénéficiaires de fonds privés étrangers.

De même, le prix du pétrole influence les envois de fonds des pays producteurs vers les pays qui leur fournissent de la main-d’œuvre. La baisse des prix de l’or noir a par exemple ralenti sensiblement l’envoi de fonds de la Russie vers les pays d’Asie centrale et d’Europe de l’Est.

Exprimés en dollars américains, les transferts de fonds les plus importants vont aux pays les plus peuplés, comme l’Inde et la Chine.

La Banque mondiale estime que le flot d’envois d’argent privé est appelé à s’intensifier avec la croissance économique et l’augmentation des flux migratoires. La pénurie de main-d’œuvre dans les pays développés et le nombre croissant de travailleurs désireux d’améliorer leur sort dans les pays moins nantis militent en faveur d’une augmentation de l’immigration à moyen et à long terme, et d’une hausse des envois de fonds « au pays ».

La technologie est aussi un facteur à considérer. Aujourd’hui, envoyer de l’argent à l’étranger coûte assez cher. Les banques, les bureaux de change et les services postaux, qui sont les canaux les plus utilisés, imposent des frais élevés, surtout à destination de l’Afrique et du Moyen-Orient.

Le coût des transactions devrait baisser à mesure que les solutions basées sur l’utilisation de l’internet se développeront.

(1) L’afflux de jeunes talents supporte l’immobilier au Canada, Matthieu Arseneau, Banque Nationale Marchés financiers