Pour sa première convention collective dans le secteur de l’hôtellerie, la section locale 500 des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) dit avoir fait les choses autrement en misant sur « le positivisme ». L’entente avec le Four Seasons, ratifiée lundi après un vote favorable à 97 %, comprend une façon inédite à Montréal d’établir la tâche quotidienne des femmes de chambre.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

La chambre est-elle petite ou grande ? Y trouve-t-on un bain, une douche, ou les deux ? Les clients partent-ils pour de bon ou poursuivent-ils leur séjour ? L’espace comprend-il un ou deux lits ?

Quand on y pense, toutes les chambres d’un grand hôtel ne prennent pas le même temps à nettoyer. « Habituellement, les femmes ont un certain nombre de chambres à faire. Nous, on a fait un système par minutes, explique le négociateur Michel Thivierge. Tout a été comptabilisé. En faire six, c’est peut-être l’équivalent de huit autres. »

Selon la nouvelle convention, chaque femme de chambre doit faire 420 minutes de travail par jour.

C’est quelque chose de complètement nouveau à Montréal. L’employeur nous l’a confirmé.

Michel Thivierge

La CSN, qui représente les travailleurs de presque tous les grands hôtels du Québec, confirme ne pas utiliser ce système. Mais le nombre de chambres maximal attribué à une préposée – autour de 13 – pourra être réduit s’il y a de nombreux départs de clients, beaucoup de lits doubles ou un désordre excessif, assure Michel Valiquette, trésorier de la Fédération du commerce (CSN) et responsable du secteur de l’hôtellerie.

Au Ritz-Carlton, précise M. Valiquette, un système de crédit a été mis en place. Chaque chambre correspond à un nombre de crédits en fonction de sa grandeur, du nombre de lits et de sa clientèle.

« Les gens veulent du positivisme »

En syndiquant le nouveau Four Seasons de Montréal (ouvert en avril 2019), le président des TUAC, local 500, Tony Filato, voulait « faire du syndicalisme autrement ». Car « les gens, soutient-il, veulent du positivisme ». Surtout ceux qui travaillent depuis longtemps dans le secteur de l’hôtellerie, ce qui est le cas de la vaste majorité des recrues du nouvel établissement de la rue de la Montagne.

« C’est un milieu dans lequel les gens ont vécu des conflits. On a voulu leur donner un vent de fraîcheur dans les communications, la façon de voter et de bâtir la convention », renchérit M. Thivierge.

Ainsi, lorsque l’heure du vote sur l’entente de principe est venue, aucune assemblée n’a été organisée par le syndicat qui se spécialise dans les magasins et les entrepôts d’alimentation (Metro, Provigo, IGA, etc.).

Pas d’assemblée pour le vote

Tony Filato rappelle que normalement, les syndicats tiennent de grandes rencontres avec « des personnes assises en avant » qui n’ont pas que de bons mots pour l’entreprise. « Si le syndicat ne fait pas ça, on a l’impression qu’il ne fait pas son travail ! »

Au Four Seasons, les travailleurs ont plutôt eu deux jours pour se rendre dans une salle afin de prendre connaissance du projet de convention au moment qui leur plaisait. Et poser des questions, ce qui s’avérait moins gênant. « Certains sont revenus deux ou trois fois », affirme Michel Thivierge. Une fois qu’ils se sentaient prêts, ils votaient de façon secrète.

Sur les 250 personnes concernées, 180 ont voté, un taux qui n’aurait assurément pas été atteint avec une assemblée traditionnelle, fait valoir Michel Thivierge. À la CSN, on affirme toujours tenir des assemblées afin de permettre « le débat » des membres sur l’entente de principe.

La nouvelle convention prévoit aussi que les « congés personnels » seront entièrement payés d’avance, en février. Les travailleurs y voient un avantage financier, car leur nombre d’heures travaillées baisse souvent pendant ce mois moins achalandé. De son côté, l’employeur prend le pari, sans doute, que les syndiqués ne prendront pas tous ces congés en cours d’année.

Le contrat prévoit des hausses salariales de 15 % sur 3 ans.

Le Four Seasons a décliné notre demande d’entrevue.

Échéance d’une trentaine de conventions dans l’hôtellerie cette année

Au Québec, la CSN représente les travailleurs de presque tous les grands hôtels. En tout, il s’agit de 5000 personnes réparties dans une soixantaine d’établissements. Cette année, la moitié des conventions arriveront à échéance (en juin ou en juillet). La centrale syndicale procédera alors, comme à son habitude, à des négociations coordonnées avec des demandes communes. L’été, en pleine saison touristique, son rapport de force est plus grand, explique M. Valiquette. Dans chaque hôtel, les syndicats sont libres de participer ou non aux négociations coordonnées.