Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, est convaincu que la ratification prochaine de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) va contribuer à rehausser les investissements au pays en éliminant l’incertitude qui a longtemps plané sur cet accord commercial crucial pour l’économie canadienne.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Dans une entrevue accordée à La Presse, le grand argentier du pays a affirmé que, depuis deux ans, des investisseurs lui ont fait part à quelques reprises de leur inquiétude au sujet de l’avenir de cet accord. L’inquiétude était telle qu’ils ont choisi de retarder leurs projets d’investissement, ne sachant guère quand et comment les difficiles négociations visant à moderniser l’ALENA allaient aboutir.

Le drame politique entourant cet accord est maintenant véritablement terminé, le Congrès américain ayant ratifié l’entente la semaine dernière. Le Mexique en a fait autant en décembre. Il ne reste que le Canada, et le premier ministre Justin Trudeau a confirmé mardi à Winnipeg que son gouvernement déposera le projet de loi pour le ratifier dès mercredi prochain. Minoritaire aux Communes, le gouvernement Trudeau aura besoin de l’appui d’un des trois partis de l’opposition pour entériner l’accord.

« Pour les investisseurs, nous savons que c’est très important de connaître les règles du commerce, d’avoir une certitude. C’est pour cela que nous avons travaillé très fort avec les États-Unis et le Mexique [pour préserver l’accord commercial]. La ratification prochaine de l’ALENA 2.0 est absolument une priorité. Cela va nous permettre d’améliorer notre position sur le plan économique, et de continuer à réduire le taux de chômage », a affirmé M. Morneau.

Alors qu’il planche sur son premier budget dans un contexte de gouvernement minoritaire, le ministre des Finances a soutenu que la fin du bras de fer commercial avec les Américains donnera du tonus à l’économie canadienne.

Nous nous attendons à ce que le niveau de croissance des investissements soit meilleur. Sans la certitude, c’était une situation plus difficile pour les entreprises et les investisseurs. Grâce à la ratification de l’accord, nous serons dans une meilleure position.

Bill Morneau

Dans sa dernière mise à jour économique, présentée en décembre, le ministère des Finances avait montré du doigt l’incertitude causée par les négociations de libre-échange pour expliquer la baisse des investissements des entreprises.

En entrevue, le ministre Morneau va même jusqu’à dire que la trêve commerciale conclue récemment entre les États-Unis et la Chine aura aussi un effet bénéfique pour la croissance de l’économie canadienne.

« À mon avis, tout cela représente de bonnes nouvelles. Mais il y a quand même des défis globaux et des défis géopolitiques. Cela démontre l’importance d’avoir une stabilité en Amérique du Nord », a-t-il affirmé, faisant notamment allusion aux tensions entre l’Iran et les États-Unis.

Une réserve pour les imprévus

En guise de prudence, M. Morneau a indiqué qu’il conservera une réserve financière pour les imprévus afin d’avoir une marge de manœuvre suffisante dans l’éventualité où les « défis globaux » auraient un impact sur l’économie canadienne.

À mon avis, c’est toujours une meilleure approche de se garder une marge de manœuvre. On va donc continuer avec notre approche prudente pour s’assurer que s’il y a quelque chose qu’on n’avait pas prévu qui survient, on aura la possibilité de continuer nos investissements.

Bill Morneau

M. Morneau a entrepris des consultations prébudgétaires au cours des derniers jours. Fidèle à ses habitudes, il a aussi rencontré 14 économistes du secteur privé afin d’avoir leur son de cloche et leurs dernières projections. Pour l’heure, les économistes tablent essentiellement sur des taux de croissance comparables à ce que le ministre Morneau avait indiqué dans sa mise à jour économique de décembre dernier, soit environ 1,6 % en 2020, ce qui constitue le deuxième taux de croissance des pays du G7 après les États-Unis.

Après avoir réglé le dossier de l’ACEUM, Bill Morneau affirme qu’il faudra aussi régler les relations commerciales entre le Canada et la Grande-Bretagne, une fois que le Brexit sera officialisé d’ici la fin du mois. Il a rappelé que la Grande-Bretagne est le plus important partenaire commercial du Canada en Europe et le troisième en importance après les États-Unis et la Chine. M. Morneau prévoit d’ailleurs de rencontrer son homologue britannique, Sajid Javid, cette semaine. Le sujet pourrait être discrètement abordé, le gouvernement britannique ne pouvant entreprendre officiellement des négociations commerciales avec d’autres pays tant que le pays fait partie de l’Union européenne.