Avec l’interdiction de se rassembler en zone rouge à Noël, les traditionnels plateaux de fromages risquent d’être moins garnis cette année, ce qui pourrait avoir une incidence sur les ventes, selon certains marchands et producteurs résignés. D’autres espèrent plus de « petits plateaux ». Survol.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Noël cette année va ressembler à n’importe quelle journée du mois de décembre et du mois de novembre, croit Luc Boivin, grand patron de la fromagerie Boivin, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les clients n’en commandent pas. Les inventaires sont remplis. Il n’y a pas de commandes extraordinaires. »

« Déjà, depuis le mois de mars, on fonctionne à moindre régime au niveau du chiffre d’affaires, ajoute pour sa part Véronique Commend, propriétaire de la fromagerie Qui lait cru, au marché Jean-Talon. Pour les précommandes de Noël [faites en septembre-octobre], j’avais déjà ajusté le tir. Je savais que les choses allaient être différentes cette année. »

Normalement, pour Mme Commend, les ventes enregistrées en décembre représentent le double d’un mois considéré comme normal, comme août, septembre ou octobre. Près du jour de l’An, les 30 et 31 décembre, les fromages à raclette et à fondue sont très populaires, explique Mme Commend. Les gens qui se rassembleront à trois ou quatre autour d’une table opteront-ils pour le même menu ? Difficile à prévoir, selon elle.

À la Fromagerie des Grondines, dans Portneuf, près de Québec, Charles Trottier, copropriétaire, admet lui aussi qu’il y aura une certaine « incidence » sur ses ventes. « On peut penser que les achats vont être un peu moins importants étant donné que c’est un produit périssable et que les gens n’en achèteront pas pour 14 ou 20 personnes », dit-il, ajoutant dans la foulée qu’il n’a pas de boule de cristal pour prévoir le comportement des consommateurs. « Pour l’instant, on est moyennement optimistes. » Normalement, les amateurs de fromages font leurs emplettes à la dernière minute, deux ou trois jours avant Noël, explique-t-il.

Plus de petits plateaux ?

De son côté, Johan Jacques, fromager au Marché des Saveurs, ne croit pas que les ventes vont écoper en raison de l’interdiction de rassemblements. Il souligne que la majorité des fromages offerts sont québécois et que l’appel de l’achat local est devenu très fort auprès des clients.

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Johan Jacques, fromager au Marché des Saveurs

Tout le monde, même en restant chez soi, a envie de se faire plaisir après une année difficile. C’est dans les derniers plaisirs. Selon moi, oui peut-être aurons-nous de plus petits plateaux, mais nous aurons plus de plateaux.

Johan Jacques, fromager au Marché des Saveurs

Yannick Achim, propriétaire de Yannick Fromagerie, partage cet avis. « Avant, tout se passait le 24, dit-il. [Cette année], je m’attends à ce que ce soit plus étendu. Oui, on va avoir de plus petits groupes, mais j’ai l’impression que les gens vont se présenter plus souvent, sur une période plus étendue. J’ai l’impression que ça va être assez stable. »

Dans cette optique, Johan Jacques croit lui aussi que les ventes de décembre 2020 ressembleront à celles enregistrées l’année dernière pendant la même période.

« En plus, avec la fermeture de tous les commerces non essentiels à partir du 25, qu’est-ce qui va rester à faire ? Manger du fromage, boire du vin, cuisiner un peu. »