Alors que les plateaux de traiteur utilisés notamment pour le service des crudités ne trouvent plus preneur, la demande pour des boîtes isolantes destinées à la livraison de repas ainsi que celle pour les assiettes d’aluminium servant à l’emballage des pâtés surgelés explose, constate-t-on chez Carrousel, une entreprise québécoise qui a dû répondre aux nouveaux besoins en emballage alimentaire.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

La multiplication des restaurants qui offrent un service de commandes à emporter, le succès des entreprises de repas prêts à préparer, ainsi que la plus grande offre en supermarché de mets cuisinés pourraient laisser croire que les entreprises spécialisées dans l’emballage alimentaire font des affaires d’or. Mais le calcul n’est pas si simple, prévient Martin Boily, vice-président des ventes et du marketing chez Carrousel, l’un des plus importants distributeurs d’emballages au Québec avec ses 375 employés répartis sur cinq sites.

« Au net, on vend à peu près la même chose, mais il y a des secteurs d’activité où c’est la folie et il y en a d’autres où c’est désolant », souligne-t-il.

Au registre des bonnes nouvelles, l’entreprise a connu une hausse fulgurante de la demande pour des boîtes de carton isolées servant à la livraison de nourriture. « On a multiplié par 20 le nombre de clients qui en commandent », soutient M. Boily.

Les contenants en plastique recyclable et les boîtes de carton repliables sont également populaires auprès des restaurateurs.

Du côté des transformateurs alimentaires, la demande pour les assiettes en aluminium servant notamment à emballer les pâtés au poulet ou les tourtières de St-Hubert « a explosé ». Du côté de St-Hubert, on confirme que « les ventes dans cette catégorie sont en hausse de plus de 10 % ». Les besoins en emballages de carton et en assiettes d’aluminium vont donc en ce sens.

Diminution

Dans d’autres secteurs, toutefois, le succès n’est pas le même. « On a quand même perdu une bonne portion de nos revenus avec le centre-ville et les festivals », explique Brigitte Jalbert, présidente et directrice générale de Carrousel.

« On a certainement trois ou quatre millions en dessous de revenus par année. On n’a eu aucun festival, le Centre Bell [Evenko et le Canadien de Montréal], c’est un gros client avec toutes les parties de hockey et les spectacles et les restaurants du centre-ville [sont vides]. »

Les plateaux de traiteur qu’on vendait avant, là on n’en vend presque plus. Il n’y a plus personne qui veut se mettre les mains dans un plateau de crudités.

Brigitte Jalbert, présidente et directrice générale de Carrousel

Dans ce segment, l’entreprise a réalisé 20 % des ventes qu’elle enregistre normalement.

« C’est sûr que la demande a changé, admet Mme Jalbert. On a toujours vendu des produits sanitaires, des produits d’entretien et on a ajouté des produits très demandés cette année comme les désinfectants, les masques. Ça nous a aidés à combler le manque à gagner. »

Problèmes d’approvisionnement

Les restaurateurs, forcés de se tourner vers les commandes à emporter en raison de la fermeture des salles à manger, doivent également faire face aux défis que pose la commande de contenants et d’emballages pour la livraison de leurs repas. C’est le cas de Jérôme Ferrer, chef propriétaire du restaurant Jérôme Ferrer-Europea, qui affirme avoir du mal à s’approvisionner à cette période-ci de l’année. « Les isolants qui vont dans les boîtes, tout le cartonnage suffisamment épais pour que ça puisse conserver nos préparations, c’est tout ça [qui manque] », illustre-t-il.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Jérôme Ferrer, chef propriétaire du restaurant Jérôme Ferrer-Europea

Mon équipe a dû faire appel à de nombreux fournisseurs, parce qu’il y avait des pénuries de stocks. On n’arrive pas à trouver tous les emballages dont on a besoin.

Jérôme Ferrer, chef propriétaire du restaurant Jérôme Ferrer-Europea

Étienne Plourde, fondateur de l’entreprise de prêt-à-manger WeCook, a de son côté eu du mal à dénicher des isolants l’été dernier pour coller dans les boîtes de repas qu’il expédie. « Il y avait beaucoup plus de traiteurs et de restaurants qui faisaient la livraison, le marché a explosé », souligne M. Plourde pour expliquer la hausse de la demande en isolant.

Un nouvel acteur en aluminium

Par ailleurs, devant la forte demande pour des contenants, Stobia a décidé de se lancer dans les produits d’emballage en aluminium, plutôt qu’en plastique. Il s’agit de la seule entreprise québécoise à occuper ce créneau.

« Depuis près d’une décennie, il n’y a pas eu de fabricant [de contenants d’aluminium] au Québec », affirme William Allard, président de Stobia, dont le siège social est situé à Saguenay. « Il y a eu des entreprises dans le passé et elles ont été achetées par une société américaine. Les opérations et la production ont été délocalisées aux États-Unis. On n’est pas les premiers à le faire, mais on est les seuls à le faire actuellement. »

L’entreprise a lancé ses activités cette semaine. Pour l’année à venir, Stobia, qui compte quatre employés, prévoit de produire 100 millions de contenants. Les supermarchés, les entreprises de transformation alimentaire et les restaurants de partout au pays comptent parmi les principaux marchés visés.