(Ottawa) La ministre fédérale de l’Agriculture blâme la pandémie. L’opposition blâme le gouvernement. Les producteurs laitiers sous gestion de l’offre attendent toujours de voir l’argent promis pour compenser leurs pertes dues aux signatures de trois traités de libre-échange.

Lina Dib
La Presse Canadienne

Mardi, le député bloquiste Yves Perron est sorti en point de presse avec l’Union des producteurs agricoles (UPA), puis s’est levé en Chambre, pour réclamer la suite des versements promis aux producteurs.

« Le gouvernement présente sa mise à jour économique lundi. Est-ce qu’il va révéler les détails des compensations […] ? » a réclamé le député, rapidement imité par trois de ses collègues conservateurs.

La ministre Marie-Claude Bibeau leur a répondu que son gouvernement respecte ses promesses, sans préciser quand il comptait le faire.

« On s’est engagé à verser une deuxième compensation au cours de la présente année fiscale, donc d’ici le 31 mars, pour les producteurs laitiers », a souligné la ministre à sa sortie de la Chambre.

Jusqu’à maintenant, 345 millions pour couvrir l’impact des accords de libre-échange avec l’Europe et avec la zone transpacifique ont été distribués aux producteurs de lait seulement.

Rien pour les transformateurs. Rien pour les producteurs et de volailles et d’œufs.

Et puis, les sommes attendues pour contrer l’effet du troisième accord, l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM), sont encore à être négociées.

« L’ACEUM […] a été mis en œuvre au courant de l’été ; on comprend qu’on est en période de pandémie. Donc, nos équipes, autant au ministère de l’Agriculture qu’au ministère des Finances sont débordées avec les mesures d’urgence. Il reste encore quelques discussions à avoir avec les différents représentants des secteurs sous gestion de l’offre », s’est justifiée Mme Bibeau.

Les Producteurs de lait du Québec s’attendent à « un programme sensiblement pareil » à celui qui compense pour les accords transpacifique et européen, selon leur porte-parole François Dumontier.

Au budget de 2019, Ottawa a annoncé 1,75 milliard sur huit ans pour ces deux accords ; 345 millions de cette somme ont été versés, en janvier dernier.

« On n’a pas eu de budget au printemps cette année à cause de la pandémie », a rappelé la ministre Bibeau pour expliquer l’absence de compensation pour les transformateurs de lait et les producteurs de volailles et d’œufs.

De toute manière, pour ces derniers, selon la ministre, l’effet d’au moins un des trois accords de libre-échange, le Partenariat trans-pacifique, ne s’est pas encore fait sentir.

« Est-ce que nos producteurs souffrent des impacts de l’entrée de ces produits sur notre territoire ? La réponse est non. Ça ne veut pas dire que ça ne viendra pas dans les prochaines années », a-t-elle dit.

Projet de loi bloquiste

Aux Communes, en fin de journée mardi, les parlementaires débattaient pour une première heure d’un projet de loi présenté par le député Louis Plamondon.

C-216 interdirait à tout gouvernement qui négocierait un nouvel accord de libre-échange de faire d’autres concessions nuisibles aux producteurs sous gestion de l’offre.

« Le projet de loi C-216 confirmerait que cet engagement-là, maintes fois pris par les différents partis politiques, soit respecté », de l’avis de Marcel Groleau, président général de l’Union des producteurs agricoles.