Le constructeur québécois d’autobus et de camions électriques Lion projette de construire à très court terme une usine de batteries. Il est toutefois possible que ce projet d’environ 200 millions se concrétise aux États-Unis plutôt qu’au Québec.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« Notre objectif est d’avoir cette usine au Québec, mais nous avons beaucoup de pression pour installer cette usine ailleurs du côté américain parce que nous réalisons beaucoup de ventes aux États-Unis et elles sont en progression », dit le fondateur et PDG de Lion, Marc Bédard.

Ce projet demande beaucoup de capitaux. Marc Bédard évalue l’investissement requis entre 150 et 200 millions de dollars.

« On veut le faire au Québec, mais ça va prendre l’argent pour y arriver. Ça dépend d’où les investissements viendront », précise-t-il.

Marc Bédard explique que la pression vient notamment du gouvernement américain.

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Marc Bédard, président et fondateur de l’entreprise Lion

Il y a des gens qui sont prêts à investir beaucoup d’argent dans ce type de projets et ça vient avec un emplacement géographique. Il y a beaucoup de monde qui aimerait ça nous voir aux États-Unis.

Marc Bédard, PDG de Lion

Puisque le financement du projet n’est pas encore ficelé, le choix de l’emplacement de l’usine n’a pas encore été décidé. Une décision est attendue au plus tard au début de 2021.

« C’est demain matin ! », lance le PDG. « Cette usine sera vraiment exceptionnelle parce qu’elle sera à la fine pointe de la technologie, robotisée et automatisée. On n’a rien à envier aux plus grands manufacturiers dans le monde avec cette usine. Ça prendra environ un an et demi à mettre sur pied. On veut qu’elle soit complètement opérationnelle au cours des deux prochaines années. »

Projet ambitieux

Marc Bédard soutient que la production de véhicules électriques de l’entreprise de 450 employés « monte en flèche ».

On a un objectif de produire des milliers de véhicules dans les prochaines années et on veut que l’usine de batteries que nous mettrons en place soit capable de tout faire afin de subvenir à nos besoins de production.

Marc Bédard

« C’est quand même assez ambitieux », convient-il.

Il y a actuellement une chaîne de production de batteries à l’usine d’assemblage de véhicules Lion à Saint-Jérôme. Ces batteries sont toutefois produites avec l’aide d’une tierce partie. Lion veut passer à une autre étape avec sa nouvelle usine afin de pouvoir créer son propre module batterie et ainsi devenir plus « agile » dans l’intégration des « pack batteries » sur ses véhicules.

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Les batteries utilisées actuellement par Lion sont produites avec l’aide d’une tierce partie.

Marc Bédard explique qu’une batterie est fabriquée en modules avec des cellules. « On prend plusieurs modules où l’on ajoute par exemple un système de gestion de la batterie, un système d’air climatisé, etc., pour en faire un ‟pack batterie”. Ce qu’on fait depuis cinq ans, c’est un ‟pack batterie” à partir d’un module d’une tierce partie. »

Entrée en Bourse

Le PDG soutient par ailleurs que les décisions à prendre entourant le financement et l’emplacement de la nouvelle usine n’ont pas de lien avec la récente spéculation au sujet d’une entrée en Bourse de Lion.

« Pas nécessairement, dit Marc Bédard. Il n’y a pas de lien particulier. On est toujours à la recherche des meilleures options de financement. On tente simplement de s’assurer que les fonds seront là pour accomplir les projets de Lion », ajoute-t-il sans vouloir commenter davantage.

L’agence Bloomberg soulignait vendredi dernier l’existence de tractations entre Lion et Northern Genesis, une société d’acquisition à vocation spécifique inscrite à la Bourse de New York depuis août et qui a pour objectif de réaliser une transaction avec une entreprise axée sur le développement durable et écologique.

Bien que le projet d’usine fasse partie de sa stratégie depuis longtemps, Marc Bédard a publiquement fait allusion à sa construction pour la première fois vendredi dernier au Forum Productivité innovation 2020, une initiative d’Investissement Québec.

Si les autobus et les camions urbains sont le pain et le beurre de Lion, la prochaine étape est l’intégration d’équipement spécialisé sur les camions électriques. Dans les prochains mois, Lion entend commencer à livrer des camions de collecte de déchets ou de matériaux recyclables 100 % électriques et équipés de bennes électriques. Lion s’apprête aussi à entreprendre la livraison de camions avec des boîtes réfrigérées 100 % électriques. Et plus tard en 2021, des camions nacelles 100 % électriques seront livrés à Hydro-Québec.