Les restaurateurs ont l’impression d’être ceux qui paient pour passer un message à la population

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Le premier ministre François Legault semble peu enclin à rouvrir la semaine prochaine les salles à manger situées en zone rouge, ce qui n’a guère surpris les restaurateurs qui se doutaient que la fermeture de 28 jours s’étirerait. Certains d’entre eux, comme Normand Laprise du prestigieux Toqué !, admettent même préférer attendre avant de relancer la machine puisque les coûts liés à toute cette opération de « fermeture-réouverture » sont élevés.

« Tout le monde voudrait retourner en business, c’est normal, affirme le chef du groupe Signé Toqué !, propriétaire de la Brasserie T !, du Beau Mont et de Toqué !. Mais je regarde les cas et il n’y a rien qui se règle. Ouvrir et fermer, ouvrir et fermer, ouvrir et dire aux gens de ne pas aller au restaurant : à un moment donné, ouvrir un restaurant coûte cher, le fermer coûte encore cher. »

Pour le moment, Normand Laprise exploite un comptoir-épicerie et un service de commandes à emporter ou en livraison afin de pouvoir continuer à faire travailler ses employés. « C’est sûr que je vais avoir besoin d’ouvrir un jour, mais je vais rouvrir quand je vais avoir confiance en la décision. Le message, il faudrait qu’il soit plus clair. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Normand Laprise, chef du groupe Signé Toqué !

Devant l’incertitude entourant la réouverture des salles à manger, une quarantaine d’acteurs de l’industrie – dont l’Association restauration Québec (ARQ) et plusieurs chaînes – ont envoyé cette semaine une lettre au premier ministre Legault pour lui demander de permettre aux restaurateurs d’accueillir à nouveau leurs clients à la fin des 28 jours de fermeture imposée par le gouvernement. Or, au cours d’un point de presse jeudi, M. Legault leur a donné peu d’espoir. « Je regarde le nombre de cas, les chances sont faibles, a-t-il dit. On se donne jusqu’au début de la semaine prochaine pour leur [les restaurateurs] dire ce qui va arriver à partir du 29 octobre. »

« On ne s’est pas alignés pour rouvrir après 28 jours, admet pour sa part Martin Juneau, chef du Pastaga. On ouvre et après ça, on se fait dire de refermer ? Rendu là, je ne le sais pas. Le temps des Fêtes s’en vient. En ce moment, les gens font des fêtes virtuelles où chacun a sa boîte-repas et ils passent une soirée ensemble. Finalement, la business pour fin novembre et décembre, ce sont des boîtes-repas. On va se concentrer là-dessus et on va essayer d’aller chercher le plus de sous qu’on peut. Après ça, on va voir en janvier. Je pense que c’est ça qui va se passer. »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Juneau, chef du Pastaga

Jean-François Girard, chef propriétaire du Beaufort bistro, dans le quartier Rosemont, n’est pas prêt à reprendre du service tout de suite en salle à manger. « Ça m’a pris trois semaines pour tout mettre en place pour le take out. Ce n’est pas le même menu, ce n’est pas la même chose. Arrêter, recommencer, c’est éreintant. C’est vraiment beaucoup d’ouvrage, soutient-il. Je préfère que ce soit comme ça pour le prochain mois et après ça pour décembre, on verra. »

Déception

D’autres acteurs de l’industrie comme Pierre-Marc Tremblay, propriétaire et président du conseil d’administration de Pacini, n’ont pas caché leur déception face à l’évolution de la situation. « On a l’impression d’être ceux qui paient pour passer un message à la population, affirme celui qui comptait parmi les signataires de la lettre. Je pense quand même qu’une sortie ordonnée au restaurant avec les structures qu’on avait, c’est mieux que quelqu’un qui finit par inviter des gens chez lui. »

Sur un total de 22 établissements, 18 sont actuellement fermés. D’ici à ce que le gouvernement donne son feu vert à la réouverture, M. Tremblay « survit ». « On attend. On fait de la comptabilité. Si la fermeture se prolonge, on va supprimer des postes. On souffre. On négocie avec des fournisseurs pour ne pas les payer. Le quotidien, c’est ça. »