Le plus important actionnaire de Transat, qui est aussi le plus important actionnaire d’Air Canada, voit d’un bon œil l’accord de transaction révisé entre les deux entreprises.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« Je suis heureux qu’Air Canada ait toujours un intérêt pour Transat dans le contexte actuel. C’est très positif », commente Peter Letko, de la firme Letko Brosseau.

Sans confirmer qu’il va appuyer l’offre – parce qu’il est important d’attendre de voir si une offre concurrente fera surface, dit-il –, Peter Letko précise comprendre pourquoi la valeur de l’offre est charcutée de 72 %.

« Je suis déçu de la réduction du prix, mais je comprends. L’industrie est en crise. Les conditions sont très difficiles. Transat brûle beaucoup d’argent. La compagnie vient de s’entendre pour obtenir un prêt. »

Peter Letko se dit également déçu de l’attitude du fédéral. « Le gouvernement canadien n’a presque rien fait pour aider, sauf payer pour le salaire de certains employés durant une période. Lorsqu’on compare avec ce qui s’est fait aux États-Unis et ailleurs dans le monde, c’est très peu. »

Un élément important de l’offre révisée, selon lui, est la possibilité pour les actionnaires de Transat d’accepter une somme en argent pour leurs actions ou un équivalent en actions d’Air Canada.

« C’est attrayant parce que l’action d’Air Canada a beaucoup baissé depuis son sommet et il y aura une opportunité une fois la crise passée. »

Letko Brosseau est le plus important actionnaire de Transat, mais aussi le principal actionnaire d’Air Canada avec une participation de 15 % dans Transat et de près de 10 % dans Air Canada.

Je suis très optimiste pour l’avenir du secteur du transport aérien. Un vaccin arrivera beaucoup plus vite que certaines personnes le pensent. Vous allez voir que les gens aiment les voyages et les vacances, en particulier les Canadiens qui vont dans le Sud. Les hommes d’affaires vont aussi recommencer à voyager pour rencontrer des clients.

Peter Letko, de la firme Letko Brosseau, le plus important actionnaire de Transat

Selon lui, les risques liés à la transaction se situent peut-être davantage sur le plan des approbations réglementaires à obtenir au Canada et en Europe.

En réaction à l’offre révisée, le titre de Transat a bondi mardi de 26 %, à 4,83 $, se rapprochant du prix de 5 $ par action dorénavant offert par Air Canada. L’offre précédente était de 18 $ par action, ce qui donnait une valeur de 720 millions à Transat. La nouvelle offre dévoilée samedi valorise le voyagiste montréalais à 190 millions.

Position financière difficile

Le prix révisé laisse entendre que Transat pourrait être dans une position financière plus difficile qu’anticipé et que les actionnaires risquent de souffrir davantage sans entente avec Air Canada, souligne Tim James, de la TD, dans une note publiée mardi.

« Bien que la révision du prix ne me surprend pas, l’ampleur de la révision à la baisse est beaucoup plus importante que je l’aurais imaginé », soutient cet analyste.

Il estime que le nouveau prix reflète l’incertitude significative entourant la valeur de Transat en raison de la pandémie, une dette nette prévue plus élevée à la clôture de la transaction, une baisse de motivation de la part d’Air Canada, ainsi qu’un sentiment d’urgence de plus en plus important du côté de Transat afin de préserver la valeur pour les actionnaires.

Son collègue Konark Gupta, de la Scotia, calcule de son côté que les liquidités nettes de Transat auront fondu de 68 %, à 2,82 $ par action, au moment de la clôture de la transaction au début de 2021 par rapport à ce qu’elles étaient au 30 avril l’an dernier.

C’est pourquoi il juge que l’offre révisée de 5 $ par action est raisonnable. « C’est un prix juste », juge-t-il dans un rapport envoyé mardi à ses clients.

L’année dernière, les noms de plusieurs prétendants (Pierre Karl Péladeau, Groupe Mach, WestJet et Air France) soi-disant disposés à présenter une offre concurrente ont circulé. Groupe Mach s’était dit prêt à offrir 14 $ par action avant qu’Air Canada décide de bonifier son offre initiale de 13 $ par action pour la faire passer à 18 $ par action. Interrogé à savoir si Groupe Mach est toujours intéressé par Transat, Alfred Buggé a répondu que ce n’était pas pertinent. « Transat est mariée à Air Canada. Transat est prête à faire une transaction avec Air Canada à tout prix. Même à 5 $ par action. »

Le Fonds de solidarité FTQ et la Caisse de dépôt et placement du Québec, deux importants actionnaires de Transat, n’ont pas souhaité commenter. La direction du Fonds FTQ précise simplement qu’elle prendra le « temps nécessaire » pour analyser l’offre révisée avant de se prononcer.

Pierre Karl Péladeau n’a pu être joint.

Le premier ministre François Legault, cofondateur de Transat, s’est fait pragmatique hier. « Moi, je ne suis pas au courant d’un acheteur privé qui serait intéressé à acheter Transat pour l’instant », a répondu M. Legault, en point de presse à Montréal, lorsqu’interrogé à savoir si son gouvernement ou la Caisse de dépôt pourrait épauler des investisseurs locaux.

« Compte tenu que l’industrie du transport aérien traverse la période la plus sombre de son histoire, Transat pourrait ne pas recevoir le même niveau d’intérêt cette fois-ci », soutient Konark Gupta. « Dans le contexte de bas taux d’intérêt, il ne faut cependant pas ignorer complètement une possible offre concurrente venant d’un groupe financier. Je ne vois logiquement aucun autre transporteur avoir l’appétit ou les moyens financiers pour déposer une offre présentement. »

Les actionnaires de Transat devraient être appelés à se prononcer sur l’offre révisée au début de décembre.

– Avec La Presse Canadienne