Ils sont millionnaires. Et ils en ont assez de ne pas payer suffisamment d’impôts.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Ces « millionnaires patriotes » (« Patriotic Millionaires ») — comme ils se surnomment – estiment que les contribuables très riches ne paient pas leur juste part d’impôts aux États-Unis. Et ils veulent une réforme fiscale majeure pour remédier à la situation.

« Il y a beaucoup de mécontentement dans la société civile aux États-Unis. Il y a des millions de personnes qui se sentent traitées comme des citoyens de deuxième classe [sur le plan fiscal] et elles ont raison. Actuellement, beaucoup de gens riches, beaucoup d’investisseurs ont des taux d’imposition moins élevés que les Américains qui sont sur le marché du travail, ce qui exacerbe les inégalités », dit Morris Pearl, président du groupe des millionnaires patriotiques, en entrevue avec La Presse.

Que propose ce groupe d’environ 250 millionnaires américains ? Un nouvel impôt avec un taux jusqu’à 77 % sur les grands héritages. Un impôt supplémentaire de 10 % sur les revenus à partir de 2 millions par an (0,2 % des contribuables). Un impôt additionnel pour les entreprises qui paient leurs dirigeants trop cher. Et la fin des privilèges fiscaux pour les investisseurs qui font des gains en capital (ils sont imposés au fédéral au maximum à 23 %, contre un taux maximum de 37 % pour un revenu d’emploi).

Ces solutions sont-elles radicales ? Non, dit Morris Pearl. Amusé, ce banquier qui a travaillé toute sa vie à Wall Street qualifie plutôt ses idées de « conservatrices ». « Oui, ce serait un grand changement, mais je ne crois pas que c’est radical, dit-il. Les États-Unis ont bien fonctionné pendant des décennies, de la Première Guerre mondiale aux années 80, avec des taux d’imposition jusqu’à 70 %. Au fond, nous sommes conservateurs : nous voulons revenir aux solutions qui ont bien fonctionné pendant des décennies. Les gens radicaux, ce sont ceux qui ont voulu baisser les impôts en 2016. À Wall Street, beaucoup de gens voient la même chose que moi : oui, ils auront moins d’argent l’an prochain, mais ils se demandent aussi quel genre de pays ils légueront à leurs enfants et à leurs petit-enfants… »

Sous l’administration Trump, les contribuables aisés ont bénéficié de réductions d’impôts. « Je pense que le président Trump est en faveur de politiques qui gardent les gens riches encore plus riches », dit Morris Pearl, qui a été directeur général de BlackRock, l’une des firmes d’investissement les plus importantes au monde, de 2005 à 2014.

Les millionnaires patriotes préfèrent ainsi le plan fiscal du candidat démocrate à la présidence Joe Biden, qui veut hausser les impôts pour les contribuables gagnant plus de 400 000 $. « C’est un pas dans la bonne direction », dit Morris Pearl. Mais ce n’est manifestement pas la grande réforme fiscale attendue par ce groupe de millionnaires formé en 2010, quand Barack Obama occupait la Maison-Blanche. L’objectif au départ était d’annuler les baisses d’impôts consenties par l’administration de George W. Bush — ce qui fut fait en 2012 pour les contribuables gagnant plus de 400 000 $ par an. Mais le débat sur l’imposition des grandes fortunes a continué de prendre de l’ampleur aux États-Unis. « L’aiguille bouge en notre direction », dit Morris Pearl.

Mardi, M. Pearl prendra toutefois une pause de la campagne électorale américaine alors qu’il participera au sommet mondial de fiscalité TaxCOOP, organisé à Montréal et qui se déroule de façon virtuelle cette semaine. Aussi au programme mardi : l’économiste Arthur Laffer, icône de la droite et créateur de la « courbe de Laffer » qui a inspiré les baisses d’impôts de Ronald Reagan dans les années 80.

Quatre propositions des millionnaires patriotes

1) un impôt sur les grands héritages de 45 % à partir d’un héritage de 3,5 millions, à 77 % pour un héritage de 1 milliard et plus (seulement 0,2 % des Américains héritent de plus de 3,5 millions) ;

2) un impôt supplémentaire de 10 % sur les revenus supérieurs à 2 millions par an, soit pour 0,2 % des contribuables (le taux maximal sur les revenus passerait de 37 % à 47 % ; le taux maximal sur les gains en capital passerait de 24 % à 34 %) ;

3) un impôt supplémentaire jusqu’à 5 % sur les revenus d’une entreprise si son PDG est rémunéré jusqu’à 500 fois plus cher que le revenu médian des employés ;

4) un salaire minimum fédéral de 15 $ l’heure.