Le nouveau regroupement de coops entend secouer le marché des grains au Québec

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

La plus grosse coopérative agroalimentaire au Québec, Sollio, s’allie avec 10 consœurs régionales pour regrouper leurs activités dans le marché des grandes cultures de grains et de céréales au Québec.

Baptisé Sollio & Grains Québec, ce nouveau partenariat inter-coopératives est appelé à devenir, selon ses dirigeants, « le plus important acheteur de grains » auprès des producteurs céréaliers au Québec. Ils anticipent un volume de grains commercialisés de « plus de 2 millions de tonnes » par an, avec un chiffre d’affaires regroupé à environ 700 millions de dollars par an.

Aussi, ce nouveau partenariat inter-coopératives fonctionnera en étroite collaboration avec la division céréalière de Sollio (auparavant La Coop fédérée). À elle seule, Sollio négocie environ 4,2 millions de tonnes de grains par an entre l’est de l’Ontario, le Québec et les marchés extérieurs par l’entremise de son réseau d’installations le long de la voie maritime du Saint-Laurent.

Pour le directeur général de Sollio & Grains Québec, Richard Villeneuve, ce regroupement céréalier entre Sollio et les 10 principales coopératives agricoles régionales « permettra de développer de nouveaux marchés » et de « mieux se positionner sur le marché des denrées tout en obtenant des gains opérationnels et financiers majeurs ».

Crainte pour le pouvoir d’achat des producteurs

Mais du côté du regroupement des Producteurs de grains du Québec, qui est associé à l’Union des producteurs agricoles (UPA), on fait part de « certaines inquiétudes » des producteurs quant à l’impact d’un tel regroupement d’acheteurs de grains au Québec sur l’évolution de leur pouvoir de négociation lors de la vente de leurs récoltes céréalières.

« En réaction à cette alliance de Sollio et 10 coopératives régionales, je ne vous cache pas que les producteurs qui font leurs récoltes ces semaines-ci pourraient s’inquiéter de cette concentration d’acheteurs à leur premier niveau dans le marché des grains », a commenté Benoit Legault, directeur général des Producteurs de grains du Québec.

« Les producteurs pourraient y voir un changement défavorable à leur pouvoir de négociation, avec quelques acheteurs en moins et désormais regroupés en une seule entité de grande envergure. Par ailleurs, les producteurs devront attendre un certain temps – quelques années peut-être – avant de savoir si les gains d’accès aux marchés promus par les dirigeants de Sollio & Grains Québec se matérialiseront vraiment à leur avantage. »

Selon Benoit Legault, les producteurs de grains au Québec et les autres agriculteurs auraient déjà subi au fil des ans l’impact des regroupements des coopératives agricoles régionales sur leurs activités agricoles et commerciales.

Dans le marché des grains en particulier, parmi un bassin d’environ « 200 permis d’acheteurs » auprès des producteurs, « les cinq ou six plus gros accaparent près des trois quarts du pouvoir d’achat » dans les principales cultures céréalières au Québec.