(Ottawa) Le réservoir de la subvention fédérale pour l’achat de véhicules verts est presque à sec : au moins 80 % des 300 millions sur trois ans prévus jusqu’en mai 2022 ont été accordés jusqu’à présent.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Au 31 août 2020, plus de 239 millions de dollars avaient été réclamés, ce qui représente 56 865 demandes à l’échelle du Canada en l’espace d’à peine un an et demi, selon des données fournies à La Presse par Transports Canada.

C’est au Québec et en Colombie-Britannique – où des mesures incitatives provinciales sont aussi en place – que la mesure cartonne le plus. À elles deux, ces provinces regroupent plus de 85 % des demandes au pays, suivies de l’Ontario, avec environ 12 %. Quant aux provinces de l’Ouest, elles boudent la subvention.

Au cabinet du ministre des Transports, Marc Garneau, on dit ignorer s’il sera question de ce programme dans le discours du Trône qui sera prononcé mercredi après-midi. Mais le succès que remporte la subvention auprès de la population ne passe pas inaperçu.

Le programme est toujours en vigueur, et les consommateurs peuvent avoir recours à l’incitatif. Tout changement au financement du programme fera l’objet d’un examen au moment approprié, et au besoin.

Amy Butcher, directrice des communications du ministre des Transports

On sait, en revanche, que le gouvernement Trudeau compte miser sur une relance verte post-COVID-19, et que les voyants de l’industrie automobile ontarienne sont de la même couleur, comme en témoigne l’entente de principe conclue mardi chez Ford (voir plus bas).

Une subvention fédérale de 5000 $ s’applique aux véhicules électriques à batterie, à pile à hydrogène ainsi qu’aux véhicules hybrides électriques rechargeables pouvant franchir de longues distances. Elle est de 2500 $ pour les véhicules hybrides de faible portée.

Ventilation du nombre de demandes

Véhicules électriques : 35 673 demandes, 62,7 % du nombre total
Véhicules hybrides : 21 192 demandes, 37,3 % du nombre total
Source : Transports Canada

Un renflouement souhaité

La rapidité avec laquelle l’argent prévu pour le programme a fondu n’étonne pas Simon-Pierre Rioux, de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ). « Dès que le ministre Garneau a annoncé le programme, on l’a averti que le budget de 100 millions par année serait dilapidé en quelques mois », se souvient-il en entrevue à La Presse.

Et si Ottawa n’envoie pas le signal qu’il renflouera les coffres, il y aura un impact sur les ventes, argue le président de l’AVEQ : « Les consommateurs ne sauront plus sur quel pied danser […] et vont peut-être opter pour une voiture à essence », soutient-il en proposant du même coup un élargissement de la mesure aux véhicules plus lourds.

Au Nouveau Parti démocratique (NPD), on est également en faveur d’une nouvelle injection d’argent fédéral.

Si ça prend 300 millions [de plus], on serait d’accord avec ça. Il faut répondre aux besoins du marché qui veut acheter des véhicules électriques.

Alexandre Boulerice, chef adjoint du NPD

Il cite en exemple la Norvège, où le parc automobile vert est très imposant.

En 2019, 43 % des voitures vendues dans le petit pays scandinave étaient totalement ou partiellement électriques, et près de 9 % des véhicules en circulation l’étaient, d’après les chiffres du gouvernement norvégien.

À titre comparatif, selon les données 2018 de Statistique Canada, 2,2 % des véhicules automobiles neufs immatriculés au Canada étaient zéro émission. L’écrasante majorité d’entre eux, soit 97 %, l’étaient au Québec, en Colombie-Britannique et en Ontario.

Du côté du Bloc québécois, la porte-parole en matière d’environnement, Monique Pauzé, se montre également favorable à un prolongement du programme fédéral. « Oui, ça va prendre plus d’argent, lance-t-elle. Il faut continuer à travailler sur le transport pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). »

Les conservateurs plus sceptiques

Dans le camp conservateur, le député Dan Albas estime que « oui, le programme a bien fonctionné », mais il demande qu’on lui soumette des données tangibles (un « business case ») afin de prouver que cette utilisation de fonds publics est adéquate avant de se prononcer sur l’option de l’élargir.

Car le fait que 80 % de la somme prévue sur trois ans ait été dépensée en un an et demi « soulève de nombreuses questions », expose l’élu de la Colombie-Britannique dans un échange avec La Presse.

« Je veux savoir deux choses : si cela change le comportement des consommateurs – les contribuables ne devraient pas subventionner une famille bien nantie qui utiliserait cet argent pour acheter un deuxième ou un troisième véhicule – et si cela réduit de manière tangible les émissions de GES », affirme Dan Albas.

Sa collègue bloquiste Monique Pauzé est d’avis que l’incitatif, ce n’est pas « que ça » qui va aider Ottawa à atteindre ses cibles de réduction de GES : les camions et les autobus doivent également être dans la ligne de mire du gouvernement fédéral, fait-elle valoir à l’autre bout du fil.

Le Parti libéral a promis pendant la campagne électorale de 2019 de créer « un nouveau fonds qui aidera plus de commissions scolaires et de municipalités à se doter de 5000 autobus zéro émission au cours des cinq prochaines années », en collaboration avec les provinces et les territoires.

C’était avant la pandémie. Mais depuis, le premier ministre Justin Trudeau a fortement suggéré qu’il voulait saisir l’« occasion » de cette crise pour rebâtir le pays sur des bases plus vertes. On devrait en savoir plus sur les mesures qu’il concocte dans le discours du Trône qui sera lu mercredi ou dans le prochain budget fédéral.

Ford construira cinq véhicules électriques en Ontario

Ford investira pour 1,8 milliard de dollars dans son usine d’Oakville, en Ontario, pour y construire cinq véhicules électriques. Le syndicat Unifor représentant les travailleurs de l’usine a annoncé mardi avoir conclu une entente de principe avec le constructeur automobile Ford du Canada dans le cadre des négociations portant sur une nouvelle convention collective. En vertu de l’entente, la somme de 1,95 milliard sera investie dans les installations canadiennes de Ford, dont 1,8 milliard pour la production de cinq véhicules électriques à Oakville, en Ontario, a indiqué le président national d’Unifor, Jerry Dias. « C’est un engagement majeur de Ford », a ajouté M. Dias, indiquant que l’entente prévoyait également l’assemblage de batteries pour les nouveaux véhicules électriques. Un porte-parole du ministre fédéral de l’Industrie, Navdeep Bains, a également refusé de préciser les sommes que pourrait verser Ottawa, se contentant d’affirmer que la production de véhicules électriques aiderait à atteindre les objectifs climatiques et à créer des emplois. L’accord d’Unifor avec Ford ne couvrira que la phase d’assemblage du processus de fabrication.

— La Presse Canadienne