Le président de la commission d’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet Énergie Saguenay de GNL Québec a de nouveau dû défendre son intégrité, refusant lundi de démissionner lors du début des audiences à Saguenay, comme il l’avait fait six mois plus tôt.

Myriam gauthier
Le Quotidien, Initiative de journalisme local

L’ancienne cheffe bloquiste Martine Ouellet a ramené le sujet de la présidence de Denis Bergeron sur la table, lors de la période des questions, lundi soir, à l’occasion de la première séance des audiences sur le projet de 9 milliards de complexe de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec à Saguenay. L’usine serait reliée à un gazoduc de 750 kilomètres jusque dans le nord de l’Ontario.

La salle qui accueillait les audiences à l’hôtel Le Montagnais était presque remplie. Il ne restait que quelques places dans la salle d’une capacité totale de 200 personnes. Plusieurs agents de sécurité s’assuraient du respect des mesures sanitaires et de distanciation à l’entrée et à l’intérieur de la salle.

Des élus, des acteurs du milieu socioéconomique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, ainsi que des militants pour ou encore contre le projet ont assisté aux audiences. Plusieurs ont été présents de 19 h jusqu’à la fin de la séance à 22 h 30.

PHOTO JEANNOT LÉVESQUE, LE QUOTIDIEN

Des militants pour et contre le projet de GNL Québec se sont fait entendre, lundi, en début de soirée, avant l’ouverture des audiences du BAPE à Chicoutimi.

Martine Ouellet, présidente du Mouvement Québec indépendant, a directement demandé au président Denis Bergeron de se retirer de la présidence lors de son passage au micro peu après l’ouverture des questions à la commission, aux promoteurs du projet et aux personnes-ressources présentes.

Son intervention a donné lieu à une prise de bec entre l’ancienne députée péquiste et le président. « On n’est pas à l’Assemblée nationale ici », l’a sèchement interrompu Denis Bergeron, alors que celle qui s’est également présentée comme ancienne ministre des Ressources naturelles introduisait sa question.

« Pour la crédibilité du processus de l’audience publique, est-ce que vous accepteriez de vous récuser ? », lui a-t-elle ensuite demandé. Elle a reproché au président de ne pas avoir la « présomption d’indépendance nécessaire » pour mener à bien la commission, en raison de ses liens passés avec l’industrie pétrochimique.

Martine Ouellet avait d’ailleurs profité d’une pause de quelques minutes en raison de problèmes techniques, un peu plus tôt, pour aborder ce même sujet avec les médias, tout en affirmant que le « gaz le plus sale » est utilisé pour le projet de GNL Québec.

PHOTO JEANNOT LÉVESQUE, LE QUOTIDIEN

Martine Ouellet

« Si qui que ce soit a une preuve que je suis ici en ne respectant pas les exigences éthiques et déontologiques, je l’inviterais immédiatement à faire une plainte au président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement », a ensuite répliqué Denis Bergeron à Martine Ouellet.

Il a rappelé qu’il avait été reconduit dans ses fonctions après la dissolution de la commission en mars en raison de la pandémie. Quelques applaudissements ont jailli de la salle à la fin de l’échange, avant que le président ne rappelle rapidement à l’ordre le public.

Au début du mois de mars, lors d’une séance d’information du BAPE tenue à Saguenay, un citoyen avait formulé la même demande au président Denis Bergeron, qui a travaillé de 1995 à 2011 pour l’Association canadienne de l’industrie de la chimie. Cette association compte notamment parmi ses membres des entreprises pétrolières et gazières.

Son rôle consistait alors, à titre de contractuel, à auditer des usines de produits pétrochimiques, avait-il alors expliqué en défendant son intégrité et en refusant de se retirer. Il s’était alors défendu d’avoir été un lobbyiste ou un employé de l’industrie.

Une décision finale en 2022

Outre cette prise de bec, l’audience s’est généralement déroulée dans le calme. Pour poser une question sur place, par visioconférence ou par téléphone, le public devait s’inscrire à un registre ouvert le soir même de l’audience. La vingtaine de places disponibles a été comblée peu après le début de la séance.

Les personnes inscrites étaient alors appelées tour à tour à prendre la parole pour poser leur question. Les questions suivaient une courte présentation générale de GNL Québec sur son projet d’usine de liquéfaction.

Des questions sur l’approvisionnement en hydroélectricité de l’usine et sur l’intention de GNL d’en faire une usine carboneutre en compensant les 421 000 tonnes de gaz à effet de serre liées ont amené les promoteurs à préciser les étapes décisionnelles du projet.

PHOTO MICHEL TREMBLAY, ARCHIVES LE QUOTIDIEN

Le projet d’Énergie Saguenay, évalué à 9 G$, prévoit la construction d’équipements de liquéfaction, d’entreposage et d’infrastructures maritimes au port de Saguenay.

Une décision finale sur l’avenir du projet sera prise à la fin de 2022, a indiqué Stéphanie Fortin, directrice des affaires publiques pour GNL Québec. Le résultat des évaluations environnementales de l’usine et du gazoduc et la conclusion d’une entente d’approvisionnement en électricité avec Hydro-Québec, en plus du financement, scelleront alors l’avenir du projet d’exportation de gaz naturel.

Les questions du public ont abordé lundi soir différents sujets concernant le transport, l’impact du passage des méthaniers sur les bélugas, les effets sur l’industrie touristique, l’impact sur les milieux humides ou encore l’acceptabilité sociale du projet.

Le mandat du BAPE, limité au complexe de liquéfaction, rendait parfois plus difficiles les réponses aux questions portant sur l’approvisionnement en gaz naturel de l’Ouest canadien.

Les audiences reprennent ce mardi à 13 h.