La saison touristique 2020 est loin d’avoir été une réussite avec la survie menacée de nombre d’hôtels et le licenciement de centaines d’employés. Pour éviter la catastrophe l’été prochain, il faut planifier dès maintenant, sans quoi la province pourrait perdre son pouvoir d’attraction, plaident les partis de l’opposition à Québec.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Si on perd les employés, si les hôteliers décident de transformer leurs hôtels en résidences pour personnes âgées, par exemple, après la crise, il va nous manquer de chambres, on va être moins attrayant », affirme Isabelle Melançon, critique en matière de tourisme pour le Parti libéral du Québec, au cours d’un entretien téléphonique. « Il va falloir recommencer à partir de ce qui restera, mais dans quel état ce qui restera sera ? Si cette offre-là tombe, si on perd de nombreux joueurs, c’est sûr qu’on va être beaucoup moins attractif. »

La députée réagissait à l’article paru vendredi dans La Presse dans lequel on rapportait que des milliers d’emplois avaient été perdus dans le secteur de l’hôtellerie – particulièrement à Montréal et à Québec –, faute de clients pour louer des chambres. Elle réclame par ailleurs de l’aide directe pour aider les hôteliers à se sortir du marasme.

> (RE)lisez l’article « Des milliers d’emplois disparaissent »

Quand on garde en tête que le plus gros pourcentage des chambres est à Montréal, en Outaouais et à Québec, et que ces trois centres urbains là ont eu des taux [d’occupation] anémiques, on ne peut pas dire que ça va bien en hôtellerie au Québec parce qu’on a eu un bon mois de juillet.

Isabelle Melançon, porte-parole de l’opposition officielle en matière de tourisme

La députée a également fait parvenir une lettre à la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, pour lui demander d’agir rapidement. « Vous avez […] le devoir d’agir dès aujourd’hui pour sauver ce qui peut encore être sauvé ; qu’allez-vous faire pour la saison du tourisme d’affaires qui s’amorce ? Et pour la prochaine saison des festivals ? L’industrie touristique n’a pas le luxe d’attendre des semaines avant d’être fixée », écrit-elle.

« Hilton, Sheraton, Fairmont, ils vont s’en sortir, mais la petite auberge de Kamouraska… », dit pour sa part Vincent Marissal, député de Québec solidaire, qui soutient que la ministre du Tourisme a totalement improvisé dans ce dossier.

Pas de subvention, dit Québec

Du côté du cabinet de la ministre, on se dit « bien conscients que les hôtels et les attraits touristiques sont durement frappés ». L’idée d’accorder des subventions est toutefois balayée d’un revers de main. « Nous avons toujours été clairs : il n’y aura pas de subvention aux frais fixes de façon paramétrique et récurrente pour les entreprises touristiques », a affirmé Sandra O’Connor, porte-parole de la ministre, dans un courriel envoyé à La Presse. « Ce n’est pas une approche que nous privilégions dans un contexte comme celui de la pandémie. »

Elle ajoute qu’avec les forfaits Explore Québec, donnant des rabais aux gens voyageant dans la province, le Ministère a mis des mesures incitatives en place pour augmenter l’achalandage, notamment dans les hôtels. Or, le succès de ces forfaits – mis en place à la fin de juin – a été mitigé. Environ 94 % d’une somme de 10 millions consacrée à ce programme est encore disponible, selon Le Journal de Québec.

« [Si tous les efforts] devaient s’avérer insuffisants pour que les entreprises qui étaient en bonne santé financière avant la pandémie puissent traverser la crise, nous n’excluons pas de poser des actions additionnelles de façon ciblée », souligne-t-elle.

Prévoir dès maintenant

De son côté, Vincent Marissal réfléchit déjà à la prochaine saison estivale. Selon lui, l’industrie touristique – vaccin contre la COVID-19 ou pas – tournera au ralenti au cours des trois prochaines années. Pour cette raison, Québec doit concentrer ses énergies à inciter les gens à voyager chez eux. Et l’on doit préparer l’été 2021 maintenant.

« L’été prochain, c’est un peu comme Costco, qui est trois, quatre saisons en avance ; il faut le préparer maintenant. »